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Le Petit Parisien 16 novembre 1924


  Le Petit Parisien 1924 11 16 Il faut à la France des routes spéciales automobiles Une interview d'André Michelin

NOTRE ENQUÊTÉ SUR LA CIRCULATION
DES ROUTES SPÉCIALES POUR LES AUTOS!

«Si on ne construit pas tout de suite des pistes réservées, comme en Italie, pourquoi ne pas adapter certaines routes aux besoins nouveaux ?» suggère M. André Michelin

Il faut à la France des routes spéciales automobiles. De leur création dépendent déjà le développement de notre tourisme et l'accroissement du trafic marchandises par camions lourds.
L'entreprise est vaste. Elle exigera sans nul doute des efforts et des capitaux considérables,
Si, cependant, la route spéciale techniquement conçue pour permettre à la fois les plus grandes vitesses et le transport sans cahots des marchandises, fragiles, apparaît comme une nécessité de demain, la question de l'adaptation de notre réseau ordinaire aux besoins de la circulation moderne, se pose avec plus d'urgence et plus impérieusement encore C'est la tâche qui requiert dès maintenant notre attention et nos soins.
Voilà en quelques mots l'opinion du grand industriel, M. André Michelin, à qui nous avons demandé de participer, avec son autorité et sa science personnelles à notre enquête sur la circulation:

Je crois, nous a dit M. Michelin, que la route spéciale automobile est la formule de l'avenir. Sa création a des répercussions considérables et que vous n'avez point encore signalées. Saviez-vous, par exemple, que les chemins de fer reliant Milan aux lacs de Lombardie, ont décidé qu'à l'ouverture au public des autostrades, ils cesseraient tout trafic rapide par voie ferrée ? Oui... Ils ne feront plus circuler que des trains omnibus et des convois de marchandises. Pour les clients pressés, au lieu des express habituels, il y aura, par la route automobile, un service de cars ou d'autobus, qui rouleront sur le ciment à l'allure de quatre-vingts à l'heure et qui, au lieu de partir rarement et à heures fixes, comme les trains, partiront selon les besoins, tous les quarts d'heure, ou même, toutes les cinq minutes.
Je pense qu'un jour, peut-être prochain, on en viendra, un peu partout, à cette solution: le «lourd» sera laissé au rail ou aux canaux; le «léger» pour l'auto, sur routes spéciales.
-Convient-il, à votre avis, de préférer la solution italienne, radicale, définitive, ou de s'en tenir à l'aménagement du réseau existant?
-Il est certainement plus facile d'aménager ce qui existe que de construire un réseau neuf.
Quand on constate l'existence d'un courant de trafic sérieux, sur une route, pourquoi ne pas entreprendre, tout de suite, de l'adapter aux besoins nouveaux? Nos chaussées sont en général assez larges, avec leurs bas-côtés, pour qu'il soit possible, à peu de frais, d'y construire, au centre, une piste pour les automobiles, un des bas-côtés étant réservé à la circulation des voitures hippomobiles, et l'autre à celle des piétons et des cyclistes. La piste automobile contournerait villes et villages, ainsi qu'il est d'ailleurs prévu au programme gouvernemental de création des routes à grand trafic.
Mais il serait déclaré que la route ainsi spécialisée aurait la priorité sur toutes les transversales, quelles qu'elles fussent. Les conducteurs venant de ces transversales ne s'engageraient sur la route spécialisée qu'à leurs risques et périls, après s'être assurés qu'aucune voiture n'arrive à proximité. En cas d'accident, leur responsabilité serait toujours engagée.
Pour que ces conducteurs soient, au surplus, contraints de ralentir, de couper leur élan, des obstacles pourraient être installés chicanes ou caniveaux sur les transversales, à quelques mètres de leur point de rencontre avec la route spécialisée. Il faudrait, d'ailleurs, sur toutes les routes une signalisation parfaite, uniforme, très moderne. Et tous les carrefours devraient être largement dégagés, pour assurer à tous les véhicules, une visibilité parfaite. Il faudrait, bien entendu, une discipline sévère et, dès qu'ils auraient doublé, les conducteurs devraient tout de suite reprendre leur droite...
-Les camions lourds ne constitueraient-ils pas un obstacle à la circulation rapide ?
-Je ne crois pas qu'ils empruntent sur de longs parcours les routes spécialisées. Le rail et le canal seront toujours moins onéreux que l'auto, pour le transport des marchandises lourdes, sur des distances importantes.
-La transformation des chaussées spécialisées, qui, dans votre esprit, devrait l'entreprendre?
-Mais, tout simplement les Ponts et Chaussées, sans nul besoin d'un organisme spécial. Les «offices nationaux», ce serait parfait, si les usagers de l'auto, si les compétences et si surtout ceux qui paient pouvalent y faire prévaloir leur avis : mais le plus souvent on ne le sollicite même pas...
-En quoi construire la chaussée automobile?
-En ciment. D'abord parce qu'il n'y a pas mieux. Et puis, parce que le ciment est un produit français, fabriqué et transformé chez nous, et non assujetti, par conséquent, aux fluctuations du change.
-Quelles routes croyez-vous possible de spécialiser ?...
-Oh! c'est à voir. Mais je crois que des routes spécialisées rendraient de grands services dans la traversée des régions actuellement encore mal desservies par chemins de fer. Mais, pour finir, je répéterai que la route ne peut pas, en ce moment, lutter avec le rail pour le transport des marchandises lourdes à grande distance, ni même pour celui des voyageurs au-delà de quelques heures de trajet. Si, plus tard, on peut envisager la construction de voies parfaitement lisses et de voitures-sleepings, alors, oui, on pourrait aller sans fatigue, par la route, de Paris à Nice ou de Paris à Bayonne... Ça viendra...


André Michelin


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