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Paris-Soir 11 novembre 1924


Z Paris soir 1924 11 11Il n'est point besoin d'organiser des caravanes de touristes

Progrès.
Peut-être avez-vous reçu la circulaire suivante :

"Monsieur, Nous avons l'honneur de «vous informer que nous organisons un service d'autos-cars-salons pour le 11 novembre, pèlerinage annuel des anciens combattants au monument de l'Armistice, dans la forêt de Compiègne.
« ...Itinéraire par Chantilly et Compiègne pour la visite du château et le déjeuner, avec arrêt à Rethondes, retour « par Senlis.
Le prix du transport est de 80 francs; avec le déjeuner compris 95 francs"

Une bonne pièce de cinq louis, dira l'ancien poilu.

Où donc s'arrêtera le progrès ? Déjà ce petit circuit de Rethondes de 1924, avec visite de Chantilly, de Compiègne et de Senlis, marque une sérieuse amélioration sur ce circuit de Nixéville qu'on nous proposait en 1916, et qui tendait surtout à nous obliger à faire un tour à Verdun souvent contre notre gré. Il est vrai qu'à ce moment le passage était gratuit : pas absolument, pourtant, car beaucoup devaient le payer de leur peau!

Mais il faut surtout admirer, dans l'histoire qui nous occupe aujourd'hui, ces Camions de la Voie Sacrée, qui se sont transformés en Autos-Cars-Salons de... la Victoire, ce qui ne veut pas dire cependant que nous l'avons gagnée dans un fauteuil. Et ce repas à quinze francs changera les anciens combattants de ces décevants vivres de débarquement qui gonflaient leurs musettes et pesaient si lourd à leurs épaules!

Enfin, pour les visites aux châteaux, on pourra remplacer le critique des opérations militaires par un critique d'art, à moins que souhaitant avoir les deux sous la même casquette de touriste, l'administration ne fasse appel à M. Henri Bidou, polygraphe éminent et conférencier ingénieux et disert

Il est des gens à qui la guerre n'a rien appris! Par contre, la paix est, pour tout le monde, pleine d'enseignements. Elle nous montre, par de multiples exemples, que la guerre aide à sa façon à la prospérité de l'industrie touristique et à la diffusion l'automobile de luxe !

Il semble aussi, à en juger par les prix demandés, que beaucoup d'anciens combattants peuvent, sans que leurs affaires aient à en souffrir, se muer en fils de cinq louis et monter, non au ciel, mais dans leur auto-salon...

La voilà bien la démocratisation du luxe !... Mais peut-être aussi qu'on exagère !... Et, alors, craignons le pire !... Redoutons qu'un industriel entreprenant n'organise quelque jour des trains de plaisir pour tous les paysages héroïques que les services de la propagande auront fait reconnaître d'utilité publique.

Il y a peut-être la Victoire, mais il y a sûrement seize cent mille morts ! Il n'est point besoin, pour glorifier le sacrifice, d'organiser des caravanes de touristes des petites « noubas », à la campagne, en demandant au ciel d'être clément ce jour là !

J. VALMY-BAYSSE.


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