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La crue de la Seine
LES INGENIEURS
Allons, bon! la Seine monte Et va sortir de son lit: Et tous les ans c'est ainsi, Du Point-du-Jour à Bercy, Quand on compte Que c'est fini, A h! bien oui, Ça recommence !...
Oui, voilà bien notre chance, Quand le Midi, A grands cris, Se plaint de la sécheresse, Il faut que la pluie ici Tombe à verse, Et n'ait de cesse Que la Seine n'ait dé- Bordé !... Sans compter Que la Marne, à Chalifert, S'enfle, prolifère : Qu'y faire ?... En vérité, en vérité, Toutes ces rivières Exagèrent!
En attendant que la Seine, Lasse de faire des siennes, Revienne A de meilleurs sentiments, En attendant que finisse L'absurde débordement, Nous irons donc, simplement, Passer quelques jours à Nice.
LES RIVERAINS
Allons, bon! ça recommence, La Seine à nouveau s'avance, Et monte à l'assaut des quais : C'est gai! On nous dit que c'est la vie, Que nous devons, riverains, Toujours calmes et sereins, Nous armer d'un triple airain De sage philosophie ; Que si cela nous ennuie, Si notre cœur Trop léger Redoute quelque danger, Nous n'avons qu'à déménager, Et à nous en aller loger Sur les hauteurs Du Sacré-Cœur...
Ce n'est pas la mer à boire! Pas besoin de tant d'histoire : Reprenons dans notre armoire L'habit de scaphandrier, Avec lequel, l'an dernier, Nous descendions au cellier. Depuis le temps que ça dure, Comment nous en excuser, Sur De telles conjonctures, Nous devrions, à coup sûr, Etre et nous montrer blasés!
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Et pourtant quand, à la nage, Il nous faut nous élancer Pour tâcher A repêcher Nos ustensiles de ménage; Quand nos meubles, nos tableaux, Notre piano, Sont dans l'eau, L'aveu nous en coûte, et l'on n'ose Témoigner que l'on est si fou De s'émouvoir pour une cause, Une cause de rien du tout; Mais c'est vrai, c'est plus fort que nous, Ça nous fait encore quelque chose!...
LE ZOUAVE
Allons, bon! l'eau déjà haute Saute De mes bottes A ma culotte, A ma culotte de zouave Qu'elle a pris Comme baril; Déjà, déjà mon nombril Ne se sent plus à l'abri; L'eau me brave, Et, sans entraves, S i l'on n'y met le holà, Montera Petit à petit jusqu'à Ma chechia
De zouave du Pont de l'Alma: J'en bave!... Mais au fond C'est sans raison Que je sacre et que je jure; Cette crue est une cure : En faction Sur mon pont,
Pour quoi il serait normal Que l'on me donnât le nom De zouave pontifical, Bain local, Et douche ou pluie, Je fais, dans des conditions Exceptionnelles d'économie, Chaque année une saison, Disons D'hydrothérapie.
LE CHRONIQUEUR
Allons, bon! Voilà que l'eau se retire : Il me restait à placer, Qui dataient de l'an passé, Quelques fins Traits de satire, De quoi s'amuser et rire, Calembours, mots de la fin, Et nouvelles à la main T rès drôles, et pas connues... Ce sera pour l'an prochain, Et pour la prochaine crue.
FRANC-NOHAIN.
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