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L'Œuvre 30 novembre 1924


La politique et ses rapports avec la morale : il est bien difficile de comprendre quelque chose.

Hors d'Oeuvre

DE L'HONNEUR EN MATIÈRE POLITIQUE

Il est bien difficile de comprendre quelque chose à la politique dans ses rapports avec la morale.

Ainsi il est déshonorant pour un candidat de dépenser son propre argent afin d'être élu sénateur ou député. M. Maurice de Rothschild, ayant comblé de bienfaits une circonscription électorale qu'ainsi il avait faite sienne, fut flétri et disqualifié par ses pairs. De telle sorte qu'il dut remettre ça et s'offrir une nouvelle tournée, sur nouveaux frais (après tout, c'est peut- être le but de l'invalidation; les électeurs sont tellement satisfaits qu'ils bissent le numéro)...

S'il est déshonorant de dépenser son propre argent dans la politique, il peut être honorable d'y dépenser celui des autres. Encore faut-il distinguer. Il y a l'argent qui vient de source pure et l'argent qui vient de source impure. Le diable est que l'argent le plus pur peut devenir impur en moins de cinq ans, du moins aux yeux de ceux qui n'ont pas touché.

La casuistique devient extrêmement délicate et compliquée lorsqu'on examine, non plus l'origine des pourboires que distribuent les élus du peuple, mais l'origine des pourboires qu'ils reçoivent. Les députés vertueux, dont le nom ne figura sur aucun carnet de chèques, montrent une extrême susceptibilité quant à l'honneur du Parlement. Leur indignation est bruyante et dommageable à l'honneur des parlementaires. On le vit lors de l'affaire du capucin Chabot; puis à propos de M. Wilson et surtout à l'occasion du Panama, qui fit tant de victimes parmi les élus et sur tout parmi les électeurs.

Le Palais-Bourbon devrait bien, pour la tenue et la discrétion, se modeler sur l'Hôtel de Ville. Voilà une maison discrète et décente... Avez-vous jamais entendu dire qu'un conseiller municipal de Paris ait touché un pourboire, un pot-de-vin, une subvention électorale, un témoignage de reconnaissance d'une compagnie concessionnaire ou d'une entreprise de travaux publics ?... Non, n'est-ce pas ? Voilà de la bonne camaraderie; voilà d'excellente confraternité politique.

D'ailleurs, il faut être de l'école de Vespasien. L'argent n'est jamais impur; et, s'il n'est pas pur, il se purifie au creuset de la charité, du fait qu'il est consacré aux frais du culte.

Les chefs de groupes politiques, les zélateurs d'opinions, les pilotes chargés de donner des coups de barre à droite ou à gauche n'ont certes pas la prétention d'être plus rigoureux, plus orthodoxes, plus purs que les fondateurs d'Eglises et les zélateurs de religions. Or, dans les églises...

Oui, je sais que M. l'avocat de Mgr l'évêque du Mans va encore m'accuser de proférer une abominable calomnie; mais je lui conseille, cette fois, de s'informer au préalable... Qu'il entre un jour dans une église, un temple ou une synagogue et il verra si je mens.
J'affirme que dans les églises, et aussi dans les temples et probablement dans les synagogues, il y a des troncs accrochés aux piliers et des bourses tendues à bout de bras...

Ces troncs et ces bourses reçoivent n'importe quelle offrande de n'importe qui, sans enquête préalable: le denier de la veuve, l'obole du publicain, la pièce que la pécheresse a tirée de son bas, le billet de banque que le voleur a extrait du portefeuille gonflé du fruit de ses rapines. Avant Vespasien, le Fils de l'Homme avait déclaré que l'argent n'a pas d'odeur. Et vous voulez qu'il ait une couleur, pis encore, une nuance politique ?

G. DE LA FOUCHARDIÈRE.


Vespasien l'école de Vespasien« Son fils Titus lui reprochait d’avoir mis un impôt sur les urines. Il lui mit sous le nez le premier argent qu’il perçut de cet impôt, et lui demanda s’il sentait mauvais. Titus lui ayant répondu que non : «C’est pourtant du liquide», dit Vespasien». Cette conversation nous est restée sous forme de proverbe «l'argent n'a pas d'odeur» ; et les premières toilettes publiques de Paris furent nommées vespasiennes, en souvenir de cette initiative restée célèbre. extrait wikipédia


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