| Excelsior 30 novembre 1924 |
Depuis quelques années nous avons une Académie des humoristes qui recrute parmi les écrivains gais. Si nous en croyons Pélisson, qui fut un homme de caractère, puisqu'il préféra rester cinq ans à la Bastille plutôt que de trahir Fouquet qui avait protégé ses débuts, si nous en croyons donc Pélisson, il y eut à Rome, au seizième siècle, une Académie des humoristes constituée sur le modèle de la nôtre et que l'on doit à l'initiative du poète Georges Docquois. Mais, à celle d'hier comme à celle d'aujourd'hui, on a toujours eu les plus grandes difficultés pour définir l'humour, que les Anglais, qui ont inventé le mot, prononcent "ioumeur". Les quarante humoristes français sont appelés successivement à donner leur définition. Hier, c'était le tour de M. Miguel Zamacoïs, qui est non seulement l'auteur de la Fleur merveilleuse, si vivement applaudie au Théâtre-Français, mais qui est aussi un de nos conteurs fantaisistes les plus spirituels. C'est peut-être un peu long et ce n'est pas décisif. On s'accorde à reconnaître que l'humour ne se confond ni avec la gaieté ni avec l'ironie. Un humoriste n'est pas obligé de faire rire, mais il doit tout au moins faire sourire, et vous voyez la différence. Le clown, dans le cirque, doit provoquer le rire bruyamment, mais l'humoriste, dans la littérature, est celui qui amène le sourire discret. Les Anglais le définissent gaîté comique. Nous lui donnons un autre sens. L'humour exige de la verve bon enfant, malicieuse et pas méchante. Alphonse Allais fut le modèle du genre; Willy n'a jamais été égalé dans la critique humoristique. Courteline est généralement considéré comme un grand humoriste et Tristan Bernard aussi. Pierre Weber, humoriste à ses heures, a écrit: «L'humour est l'art de pincer sans rire, tandis que la gaîté c'est l'art de rire sans pincer.» En politique, celui qui avait trouvé. cette formule que le vaudeville peut revendiquer «Augmenter les dépenses en demandant moins au contribuable et plus à l'impôt», était un humoriste. M. Louis Marsolleau a apporté il y a quelques années cette définition « L'humour, c'est le malheur qui s'amuse de lui-même au lieu de s'en désoler. S'il y avait eu un humoriste sur le radeau de la Méduse, il aurait fait des mots de la faim ». Au début de la guerre, Lucien Descaves racontait cette histoire, vraie, paraît-il, mais d'humour superbe : C'est dans une tranchée; on a donné l'ordre d'escalader le parapet et de courir à l'assaut. Un poilu parisien, entraînant ses voisins, leur dit : eh bien! croyez-vous qu'on aura la guerre ?.... JEAN-BERNARD..
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