| Le Petit Parisien 11 novembre 1924 |
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POUR ET CONTRE Encore une petite histoire de cocaïne, de coco, pour parler français... Ce n'est rien ou, du moins, presque rien. Mais on peut tout de même faire, à propos de cette fameuse saleté de coco, une petite observation. La drogue ne sévit que dans «le monde où l'on s'amuse». Ce sont, exclusivement, les «joyeux» noceurs et les non moins "jolies demoiselles" qui recourent à ce poison imbécile et misérable. Dans le monde où l'on n'a pas pour profession ou pour principe de «s'amuser» et où l'on ne s'amuse qu'à intervalles irréguliers, on n'a pas besoin, pour être heureux, de s'enfoncer dans le nez une poudre amère, ni non plus de se piquer le gras de la cuisse avec une aiguille de seringue. Dans le monde où l'on ne «s'amuse pas», on ne s'empoisonne pas... Si les gens qui s'amusent sont seuls à rechercher les joies artificielles d'une poudre qui ne vaut même pas la poudre à punaises, c'es sans doute que ces pauvres gens ont des raisons spéciales de s'intoxiquer Et c'est, avant tout, très probablement parce qu'ils sont très malheureux qu'il tiennent à se tuer... Ce ne doit pas être une vie, en effet, de s'amuser comme s'amusent aujourd'hui ceux qui se croient condamnés à faire la fête... Ou, si c'est une vie, ce doit être une vie d'enfer... Les plaisirs du moment, diurnes et nocturnes, sont si tristes et si pesants !... D'abord, les gens «qui s'amusent» n'ont pas le droit de rire... C'est défendu par la mode et par l'usage... Les gens qui s'amusent, les pauvres gens qui s'amusent doivent, jour et nuit, s'ennuyer avec ostentation et ensemble. Ma foi, toute réflexion faite, on comprend que les pauvres gens qui s'amusent jugent leur sort intenable soient amenés finalement, fatalement, à prendre, pour amusement suprême du poison... Maurice PRAX. |
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