| Comœdia 16 novembre 1924 |
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Le trafic des livres obscènes « L'argent n'a pas d'odeur », avait dit un empereur célèbre, Mettant à profit cette maxime, MM. Georges et Robert Briffaut, libraires, 4, rue de Furstemberg, et à leurs heures de loisirs châtelains dans le département de la Sarthe, avaient entrepris de faire prospérer le commerce des publications obscènes, qui leur rapportait annuellement une somme d'environ 800.000 francs. Dans un petit logement, 39, rue Boissy-d'Anglas, les frères Briffaut, transformés en frères Roussillon pour les besoins de la cause, avaient donc entreposé des milliers de livres pornographiques, des milliers de gravures ordurières. Ces publications partaient de là pour la province et l'étranger. Histoires des religions. Traité de psychologie, lisait-on sur les couvertures de cette triste littérature, Comment aurait-on pu découvrir leur trafic, d'autant que les libraires étaient honorablement connus. N'ont-ils pas édité Pierre Louys, Lucie-Paul Margueritte, La Fourchardière. Carco, Paul Fort et plusieurs atres écrivains de notre époque? Il y a deux ans, il avaient été médaillés à l'exposition d'Amsterdam. Ils se croyaient inattaquables. Mais les campagnes de presse se multipliaient. Nous n'avons pas besoin de rappeler les articles parus dans ce journal et dans lesquels Gabriel Boissy s'élevait avec violence contre toute cette production malsaine, ces écrits infects, ces insanités qui abêtissent les intelligences, ruinent l'esprit, font douter de la supériorité de l'homme sur la bête. Puis une convention avait été signée à Genève, en 1923, par une cinquantaine de nations afin de mettre un terme à cette débauche de produits licencieux. Seule la police paraissait somnoler. Mais elle agissait; vu la qualité des coupables, elle ne pouvait opérer qu'avec prudence. Il fallut une année à M. Faralicq, commissaire à la direction des recherches, et au brigadier Clément, de la brigade spéciale, pour confondre les frères Briffaut. Tant rue Boissy-d'Anglas, que rue Milton, chez M. James Joffe, relieur, 54, rue Saint- Martin, que 299, rue Lecourbe, on a saisi plus de 20.000 kilos de livres et de photographies obscènes. Plus de 4.000 clichés et 10.000 épreuves pornographiques ont été trouvés chez M. Langlois, photographe, à Butry (Oise). Espérons que la découverte des principaux pourvoyeurs de l'obscénité va endiguer pour toujours ce mauvais flot... Pierre HEUZE. |
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