| Excelsior 26 novembre 1924 |
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L'ÉGLISE RUSSE DE LA RUE DARU A ÉTÉ MISE SOUS SÉQUESTRE Les soviets veulent obtenir le droit d'en disposer et dans ce but ont intenté une action en justice. L'église russe de la rue Daru vient d'être placée sous séquestre, la justice devant statuer sur sa destination. Deux groupes, à l'heure actuelle, essayent d'acquérir la jouissance de l'édifice et des objets qu'il contient. Le premier est constitué par les Russes résidant à Paris et autres bolcheviks. Ils appuient leurs revendications sur ce fait, que l'église demeure une propriété privée de la colonie russe de Paris, car elle a été construite grâce à des libéralités de Nicolas II et des Russes de Paris. Or. M. Maklakoff, ambassadeur de Kerensky auprès du gouvernement français, considéré jusqu'à ces derniers temps comme accrédité, a fait remise, l'an dernier, de l'église au conseil paroissial. Le conseil s'est empressé de constituer, en s'appuyant sur la loi française une association cultuelle régulièrement propriétaire «des bâtiments et des objets nécessaires à l'exercice du culte». Bien entendu, le gouvernement des soviets réclame la nationalisation de cette église et de ses biens, comme il le fit pour ceile de Berlin, transformée en bureaux, pour celle de Vienne et pour celle de Rome. Copenhague, seule, a gardé son église russe, sur une décision judiciaire du tribunal civil. Le gouvernement russe voudrait expulser le métropolite Euloge, qu'il considère comme un adversaire redoutable. Si le métropolite et son conseil paroissial, composé notamment de M. Kokolzoll, de M. Kovalésky, de M. Tatitchoff, etc., étaient obligés de remettre l'église au représentant soviétique, ils ne seraient pas cependant dépourvus de lieu d'asile pour leur culte. En effet, l'église de la mission luthérienne allemande de la rue de Crimée, séquestrée depuis 1914, vient d'être rachetée par un comité de protestants américains dirigés par M. Motth. Cette église prendra le nom d'église Saint-Sergé. Les cérémonies religieuses y seraient célébrées au premier étage, tandis que le rez-de-chaussée servirait de local à une académie ecclésiastique, orthodoxe, comprenant salles de cours et séminaire. Quant à l'église de la rue Daru, dans l'hypothèse d'une remise au gouvernement russe, elle serait peut- être, confiée à un évêque venu de Russie et rallié à son gouvernement, mais il est possible aussi qu'elle devienne une annexe de l'ambassade soviétique et provisoirement, en raison de sa valeur architecturale confiée au comité officiel russe d'organisation, de l'Exposition internationale des arts décoratifs de 1925. Comme il reste très peu de temps aux exposants russes, invités à cette grande manifestation, pour construire le spacieux local qui leur est nécessaire, un bâtiment tout prêt pourrait ainsi leur être destiné. Le seul inconvénient serait l'éloignement de l'ensemble de l'Exposition, mais cette difficulté ne paraît pas suffisante pour repousser le projet. CHARLES D'AVRON.
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