| L'Œuvre 30 novembre 1924 |
Les fumeries d'opium font de nouveau parler d'elles On vient d'opérer une descente de police dans deux fumeries d'opium : l'une avenue Marigny et l'autre avenue d'Eylau. Le culte de l'opium s'étend. Il est toujours célébré discrètement. Il lui faut la fumerie silencieuse, les instruments compliqués du rite, la drogue brune, la pipe, les aiguilles, la petite lampe et le mince matelas qui supportera les membres, devenus immatériels, du fumeur. Les fidèles se cachent, mais on devine la présence du temple à l'odeur un peu amère et très prenante de noisette grillée qui se dégage de l'opium brûlé et filtre partout. Avant la guerre, M. Rouzier Dorcières, qui avait fait à Toulon une enquête remarquable sur l'étendue du mal dans notre premier port de guerre, avait dénombré, dans cette seule ville, cent soixante-trois fumeries. Depuis lors, il paraît que le péril a grandi et que la drogue a pénétré dans toutes les grandes cités : Londres, New. York, Anvers, Hambourg et Berlin seraient envahies aussi bien que Paris. C'est la revanche de l'Asie. Au milieu du dernier siècle, les Anglais ont introduit en Chine l'opium cultivé aux Indes. Aujourd'hui, la Chine, obligée à coups de canon d'acheter la drogue et de s'emposonner, empoisonne à son tour l'Europe. L'opium nous arrive de là-bas et les fumeurs se le procurent à prix d'or: cent cinquante francs le petit pot d'opium acheté dix francs à Saïgon, ce qui met le kilogramme à quinze cents francs. L'opiomane se procure la drogue à n'importa quel prix. D'où vient-elle ? L'incision des capsules encore vertes du pavot fournit un suc lactescent, que la dessication à l'air transforme en une masse brune: l'opium. Vingt poisons différents peuvent en être extraits, La morphine est le plus essentiel. L'opium est fumé et mangé. La morphine est injectée sous la peau. L'opium à fumer est préparé dans des manufactures spéciales (il en existe une à Saïgon), où on le soumet à une série d’opérations qui le débarrassent d'une partie de sa morphine et de son âcreté désagréable. Il se présente au consommateur sous la forme d'une masse sirupeuse brune, très propre à la préparation des grosses pilules que le fumeur place dans le fourneau de la pipe. Les fêtes pernicieuses dont la drogue fait les frais et que, de plus en plus nombreux, célèbrent les habitants des villes sont un signe des temps. On cherche l'oubli de la vie réelle dans l'illusion et le mensonge des griseries de l'éther, de l'opium ou de la cocaïne. Ah! ces paradis artificiels, ce qu'ils font couler de larmes et de sang Dr MAURICE LEBON. |
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