| L'Œuvre 11 novembre 1924 |
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Pourquoi, nous dit un homme qui a des idées et qui aime à les voir se réaliser, pourquoi n'applique-t-on pas la règle de la limite d'âge aux administrateurs des sociétés par actions? Erreur : les grandes sociétés ne sont pas des entreprises privées. Elles ne le sont pas d'abord par le nombre de leurs actionnaires; elles ne le sont pas non plus par leur objet, qui est d'intérêt collectif. L'intervention de l’État n'est donc pas seulement légitime, mais nécessaire. On met les généraux à la retraite quand ils atteignent soixante-cinq ans, même s'ils ne sont pas encore affaiblis; mais on laisse à la tête d'une compagnie de chemins de fer un octogénaire, voire un nonagénaire, qui semble n'avoir plus d'autre prétexte à l'existence que de toucher et de collectionner les jetons de présence. Présence est bien le mot, car ils ne sont plus capables d'autre chose. Mais quelle présence encombrante! Quel obstacle à tous les progrès, à toutes les réformes, qu'un paquet bien tassé de vieillards qui barrent la route! Ce n'est pas qu'ils le fassent toujours exprès; mais il leur suffit d'être un peu là, très peu là, pour tout empêcher. Ils sont vieux, voilà tout, et, consciemment ou non, ils ne demandent plus qu'une chose, c'est que rien ne bouge pour ne pas déranger leur fin. Fâcheux état, quand il s'agit d'animer une grande entreprise qui, par définition, doit être grandement entreprenante. Et nous sommes à une heure où le relèvement de notre pays exige que toutes nos forces soient utilisées. Il ne nous reste plus assez d'hommes jeunes pour dédaigner leur concours et remettre la direction de nos affaires à un petit groupe de vieillards timorés, engourdis et férocement réactionnaires. Pourquoi dites-vous «petit groupe»? Oui! Ils sont aussi, à l'occasion, capables de mal faire. On cite des «administrateurs» qui ne possèdent pas de titres de la société qu'ils dirigent, et, dans nombre d'assemblées générales, on assiste à ce spectacle paradoxal d'administrateurs qui n'ont aucun intérêt dans l'affaire qu'ils administrent, évincer même expulser tels actionnaires qui possèdent le quart du capital. Cela seul justifierait une retouche de la loi. Mais le plus important, sans conteste, serait de régler le recrutement et les services des administrateurs, pour assurer le maximum de rendement à l'activité des compagnies industrielles et commerciales. Gustave Téry |
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