| Paris-Soir 09 novembre 1924 |
UN MAITRE QUI DISPARAIT... Les obsèques de Gabriel Fauré ont été simples et grandioses, comme la musique du Maître elle-même. La splendeur de cette matinée d'automne ajouta encore à leur majesté et c'est sous un soleil éclatant que les amis de Gabriel Fauré conduisirent jusqu'au cimetière la dépouille du grand musicien, comme s'ils faisaient avec lui une dernière promenade. A 10 heures, le service religieux, célébré par le chanoine Flynn, commença. Après l'Entrée d'orgue de M. Eugène Gigout et les chants liturgiques de la maîtrise, des musiques du maître lui-même emplirent la voûte de la Madeleine. Ce furent le Nocturne de Shylock, l'Adagio de Pelléas et le Requiem. De temps à autre, une voix de femme s'élevait du fond de la basilique, couvrant la calme chan-son des orgues. Il se dégageait de toute cette harmonie une grande atmosphère de mystère et de pureté. Entièrement tendue de noir et décorée d'écussons d'argent portant les initiales G. F., la Madeleine prenait pour les assistants un aspect inconnu. On n'apercevait plus une seule de ses pierres. Et juste au milieu de la nef, le catafalque surmonté d'un immense dais à quatre branches et entouré de cierges, de candélabres et de torchères, semblait auréolé d'un gigantesque brasier. (Voir la suite en 3è page) Lorsque le cardinal Dubois eut donné l'absoute, le cercueil fut transporté sur le parvis de la Madeleine, au grand soleil. Les assistants s'alignèrent devant les couronnes qu'avaient offertes le Président de la République, le gouvernement de la République, le Conservatoire, le directeur de l'Opéra-Comique, la Société des Auteurs Devant le cercueil de Gabriel Fauré, que recouvrait le bicorne du maître et sa grand'croix de la Légion d'honneur, MM. Laguillermie, président de l'Académie des Beaux-Arts, et Hertel, président de l'Ecole Niederneyer,chantèrent le génie et la gloire du Maître. Puis M. Rabaud rappela sa carrière de directeur au Conservatoire, et M. Paul Vidal parla au nom de la Société des Auteurs. D'autres allocutions furent prononcées par MM. Vincent d'Indy, André Messager, au nom de la Société des Auteurs; Adolphe Boschot, au nom de la Critique musicale, et par Mlle Nadia Boulenger. Puis, M. François-Albert monta à la Tribune. Après avoir vanté l'oeuvre immortelle de Gabriel Fauré, il lança ces émouvantes paroles d'adieu : Le cercueil fut transporté dans le corbillard lamé d'argent, que traînaient quatre chevaux somptueusement caparaçonnés. Puis, MM. Paul Léon, Rabaud, Vidal, Ducasse, Durand et le général Dubail ayant pris les cordons du poêle, le cortège se dirigea vers le cimetière de Passy. La municipalité de Pamiers pleure Gabriel Fauré Le maire de Pamiers vient d'adresser à la famille de Gabriel Fauré l'expression de sa sympathie au nom de la ville de Pamiers. «Votre deuil est aussi le mien, dit-il, elle pleure avec vous le plus illustre de ses fils dont le génie honore la grande comme la petite patrie et dont la pure gloire rayonne dans le monde entier.» Une couronne sera en outre déposée sur son cercueil aujourd'hui, jour des obsèques nationales et le pavillon de la mairie a été mis en berne
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