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Le Petit Parisien 23 novembre 1924


  Le Petit Parisien 1924 11 23 L'histoire du monsieur qui reçut un coup de pied de cheval, au pesage du champ de courses d'Enghien...

POUR ET CONTRE

L'histoire du monsieur qui, le 25 février 1922, reçut, au pesage du champ de courses d'Enghien, un coup de pied de cheval, est encore une bien belle histoire judiciaire. Le Petit Parisien l'a contée dans sa chronique judiciaire.

Donc, il y a trente-trois mois, cet infortuné sportsman eut la mâchoire. brisée par une ruade intempestive de pur-sang. Ce n'était manifestement pas sa faute. Il n'avait rien fait, ni rien dit à l'ombrageux crack. Il ne l'avait pas chatouillé sous le nez. Il ne l'avait pas traité de toquard, ni de sauteur. Il s'était contenté, tranquillement, de faire les cent pas dans le paddock, endroit autorisé et où tous les sportsmen du pesage ont accès. Soudain, l'accident avait eu lieu et il n'avait rien vu que trente-six chandelles.

Or, le 20 novembre 1924, la justice, que l'accidenté avait tout de suite appelée à son secours, a daigné enfin prendre une décision à son sujet. Trente-trois mois après la ruade, la justice a daigné dire que le sportsman n'avait pas eu de chance, ce jour-là, aux courses. Trente-trois mois après, elle a daigné penser qu'il pouvait peut-être avoir besoin de faire panser les blessures que le cheval Eldered lui avait faites le 25 février 1922, et, le 20 novembre 1924, enfin, elle lui a accordé, à titre provisoire, une « provision » de 5.000 francs.
On voit que les ruades de la justice sont sensiblement moins promptes que celles des chevaux.

Ainsi la déveine du malheureux sportsman a effectivement duré trente-trois mois. Il n'a pas eu seulement la malchance de recevoir un coup de pied. Il a eu aussi la malchance d'avoir à se faire rendre justice. Il y a tout lieu de croire qu'il a fini par estimer que c'était cette dernière malchance qui était la plus cruelle et qu'un coup de pied de cheval était encore moins détestable que les suites judiciaires qu'il entraînait. Pendant trente-trois mois, le blessé aura dû multiplier des démarches, aller voir des avocats, subir des examens médicaux et des contre-expertises insidieuses. Il a fallu qu'il eût bien du courage, et bien du temps devant lui, et bien de la patience, pour ne pas abandonner, de guerre lasse, tous ses droits; pour ne pas s'avouer vaincu. Trente-trois mois de chicanes, de paperasses, de grimoires, de convocations et de rapports pour un simple coup de pied de cheval! Et ce n'est sans doute pas un record. Et c'est sans doute un délai presque normal.

Les lenteurs de dame Thémis sont, en vérité, insupportables. Elles sont dangereuses aussi. Les justiciables, effrayés justement et lassés, finiront par ne plus oser recourir à elle. Ils ne voudront pas perdre des années à courir les tribunaux et les cabinets d'hommes d'affaires. Ils ne voudront pas subir pendant des mois et des mois tous les caprices et toutes les sautes d'humeur de la vieille dame. Ils laisseront faire, résignés. Ils subiront, muets, l'iniquité et l'outrage. Ou bien, exaspérés et n'en pouvant plus, ils se feront justice eux-mêmes, sans atten-dre. Alors la justice s'occupera d'eux, enfin.

Maurice PRAX.


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