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L'Œuvre 16 novembre 1924


  LOeuvre 1924 11 16 L'importation du bétail argentin autorisée. Le ministre de l'Agriculture a, en effet, préparé le décret qui réglemente l'importation de ce bétail

M. Queuille autorise l'importation du bétail argentin

Une bonne nouvelle que M. Queuille a bien voulu me communiquer hier soir : nous allons bientôt recevoir du bétail sud-américain. Le ministre de l'Agriculture a, en effet, préparé le décret qui réglemente l'importation de ce bétail chez nous, et ce document paraîtra, dès le commencement de la semaine, au Journal Officiel. C'est là une mesure dont il est inutile de souligner l'importance. Les lecteurs de l’Œuvre savent quelle campagne a été menée, ici, depuis trois ans, pour réclamer, comme une mesure de salut public, une importation qui doit avoir pour conséquence l'abaissement des prix effrayants de la viande, dont la consommation a augmenté depuis dix ans dans des proportions considérables.
Sans entrer dans les détails qui vont réglementer l'entrée en France du bétail argentin ou brésilien, on peut déjà dire que les bœufs et les moutons qui nous arriveront de ces lointains pays devront être abattus dans les ports d'arrivée, de façon à éviter les dangers de contagion celle de la peste bovine, par exemple toujours possibles. Les entrées s'effectueront par quantités contingentées et ne pourront avoir lieu qu'en vertu d'une autorisation spéciale délivrée aux commerçants français qui en auront fait la demande.
En échange du débouché offert ainsi à ce bétail exotique, le gouvernement français demandera aux importateurs l'engagement d'acheter en France, par réciprocité, des animaux reproducteurs.

Une seconde mesure, intérieure celle-là, aura, de son côté, d'heureuses conséquences sur l'abaissement des prix de la viande. Lorsque la proposition de loi qui a pour objet de réglementer et de réorganiser le marché de la Villette viendra en discussion, le gouvernement prendra les mesures nécessaires pour que les cours enregistrés sur les marchés de province ne puissent être brusquement majorés à Paris, au moment où les bouchers viennent procéder à leur approvisionnement. On évitera ainsi, il faut du moins l'espérer, les scandaleuses plus-values constatées dans les prix de vente de la viande au détail, comparativement aux cours du gros.

Félicitons M. Queuille des deux mesures que nous venons d'annoncer. Il était nécessaire, en effet, que le bétail sud-américain pût entrer en France. Jusqu'ici, l'appoint que nous a fourni l'étranger a été purement illusoire. Les bœufs, qui peuvent entrer librement en France, depuis quelque temps déjà, doivent provenir du Canada, du Danemark, de la Suisse, de l'Europe Centrale et de nos pays de protectorat ; mais, avec la tension des changes, il ne pouvait, en vérité, nous être expédié qu'une quantité infime de bétail. De même, pour les moutons en provenance de ces mêmes pays, auxquels il faut ajouter l'Espagne. Mais l'Argentine, l'Uruguay, le Brésil, nations de production particulièrement abondante, étaient rayés de la liste. En somme, nous pouvions recevoir du bétail de tous les pays, sauf de ceux où il y en a. Cette interdiction, prise par M. Chéron, sous le couvert des avis du fameux Comité consultatif des épizooties, a eu pour effet de consolider la vie chère, en portant la viande à des prix qui, on ne le répétera jamais assez, constituent un véritable crime, Et, quand les représentants de l'alimentation parisienne suppliaient A. Chéron d'entr'ouvrir la frontière au bétail argentin, le ministre de l'agriculture du Bloc National ne pouvait trouver que cette incroyable réponse, dont je garantis l'authenticité «Jamais de la vie ! Que diraient, en effet, mes compatriotes?
Quand l'opposition reproche au gouvernement actuel de ne rien faire pour lutter contre le coût de l'existence, elle ne donne pas seulement la mesure de sa mauvaise foi. Elle oublie trop que c'est sa politique économique personnifiée par M. Chéron qui nous a valu la viande au prix où nous la voyons aujourd'hui.

HENRI GÉROULE


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