| Paris-Soir 09 novembre 1924 |
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POUR DIMINUER LES FRAIS DE LA CULTURE INTELLECTUELLE MM. Herriot, Painlevé, François-Albert et Justin Godart inaugurent l'imprimerie des Presses Universitaires de France La hausse constante des tarifs d'impression et du prix du papier menaçait de compromettre gravement la vie intellectuelle du pays. «Après le pain, disait Danton, l'éducation est le premier besoin du peuple.» Il devenait évident qu'après avoir satisfait à ses besoins matériels, le peuple ne possédait plus les ressources nécessaires pour donner à son esprit la culture désirable. Le danger était grave, les universitaires ont décidé d'entreprendre une lutte effective contre les périls qui menaçaient la pensée française. M. Pierre Marcel, directeur des Presses Universitaires de France nous a retracé, rapidement, en quelques mots, l'histoire de la fondation et du développement de l'œuvre entreprise par les intellectuels français pour la sauvegarde de la culture française. Un certain nombre d'ouvrages techniques et de publications périodiques tirent à un très petit nombre d'exemplaires, nous dit M. Pierre Marcel; ils sont destinés à alimenter la réflexion scientifique et s'adressent à l'élite intellectuelle du monde civilisé leur publication entraîne naturellement des frais qu'une vente restreinte ne permet pas de couvrir ; la hausse constante des prix rendait impossibles les sacrifices imposés à des savants qui, bien souvent, ne sont pas riches; les sociétés scientifiques étaient paralysées, ne pouvaient plus faire paraître ni bulletins, ni mémoires, il fallait à tout prix réagir, Une commission qui «réalise» Les universitaires, continue M. Pierre Marcel, décidèrent donc de créer tout d'abord une commission chargée d'étudier les moyens de parer à cette crise ; or, la commission ne tarda pas à aboutir, le fait est rare dans l'histoire des commissions, et la Société Coopérative d'Impression et d’Édition fut fondée en 1922, et prit le nom de «Presses Universitaires de France»; une conception pratique qui devait être féconde en résultats venait d'être mise au point par des savants, capables, on le voit, de s'astreindre à des travaux purement économiques et de lutter efficacement contre la vie chère. «Nous n'avions qu'à suivre l'exemple des universités anglaises; chacune d'elles possède son University Press, imprimerie, maison dédition, librairie et papeterie, qui fournit aux professeurs les moyens d'éditer les livres savants dont les maisons commerciales sont peu portées à s'occuper. Maîtres et étudiants, ainsi aidés, sont libérés des graves soucis matériels que la crise actuelle aggraverait chaque jour. L'imprimerie de Fontenay-aux-Roses L'imprimerie est dotée d'un outillage modèle; elle a déjà reçu trois rotatives, dix machines en blanc, cinq monotypes et des appareils à brocher et à assembler ; la superficie des bâtiments permettra de décupler le nombre des machines actuellement en service; sous l'active et intelligente direction du maître-imprimeur Louis Bellenaud, vivement félicité par M. Herriot, l'établissement de Fontenay-aux-Roses permet à l'œuvre des Presses Universitaires de France de perfectionner et d'étendre les résultats obtenus; au cours de la visite, quelques médailles sont remises à de vieux imprimeurs, L'éducation, donc, nécessité sociale, sera bientôt moins chère que le pain, grâce à l'active bonne volonté, à la perspicacité des intellectuels.
C'est là encore une leçon, une grande leçon, qu'ils nous donnent; sans bruit, sans fanfares ils ont découvert les causes réelles de la crise dont ils souffraient, Ils ont lutté, ils ont intelligemment lutté et justement réussi. |
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