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ARAIGNÉES DU SOIR L'unité de chantiers
C'est promis, c'est juré, le préfet de la Seine s'en porte garant, nous aurons bientôt à Paris «l'unité de chantiers». Entendez par là que, si M. Naudin tient parole, on n'assistera plus à ce spectacle pittoresque d'une voie bouleversée six fois de suite pour l'exécution de travaux qui pourraient fort bien se faire en même temps. Actuellement, les divers services municipaux, imités en cela par un certain nombre de grandes compagnies, exploitent le sol parisien avec cette magnifique indépendance qui désigne à notre admiration les mineurs de l'Alaska. Aussitôt qu'une rue est nouvellement repavée, les prospecteurs de la T. C. R. P., du Métro ou du Nord-Sud se hâtent d'y venir faire leur trou. L'ouvrage terminé, les pavés remis en place tant bien que mal, ce sont les travailleurs des Eaux qui prennent la suite, tandis que les fossoyeurs du Gaz, debout derrière la corde limitant le chantier, attendent patiemment la fin de la représentation pour entrer en scène à leur tour. Quant aux pionniers de l’Électricité, c'est le bitume frais des trottoirs remis à neuf qui leur inspire les meilleurs coups de pioche. Il paraît que tout cela va changer. Dorénavant, tous ces perceurs de chaussées devront s'entendre et faire leur petite affaire ensemble, dans la même tranchée. Entre nous, je n'en crois rien. L'unité de chantiers ne doit pas être réalisable; autrement, n'est-ce pas, le préfet de la Seine serait vraiment coupable de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Bernard GERVAISE.
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