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L'Œuvre 09 novembre 1924


 LOeuvre 1924 11 04 Seznec est condamné aux travaux forcés

Seznec est condamné aux travaux forcés à perpétuité

(De notre envoyé spécial)
Quimper, 3 novembre.
Avec sa petite voix douce, M. Guillot a un accent terrible. Il est sans façon et il prend un ton bon enfant pour porter les coups les plus terribles. Il se dandine devant son fauteuil, cherche dans sa robe l'ouverture de ses poches et retient de la main les mouvements de ses manches, comme s'il craignait d'en salir les plis.

Il refait de l'affaire un récit minutieux, mais combien habile! Il développe sa démonstration d'un ton égal. Il est le seul à ne pas participer aux mouvements divers qui accueillent la lecture par le président d'un télégramme adressé au chef du jury. Celui-ci dit; « Arrive de Russie. Très surpris. Serai à Quimper à la première heure. Quemeneur.
Envoi d'un farceur? Sans doute.

Mais cela n'altère pas une seconde la voix de M. Guillot, et il poursuivra jusqu'à six heures, de sa même voix douce, son implacable réquisitoire.
Dans un coin de la salle, il y a une vieille femme : la mère de l'accusé. Ses lèvres remuent comme pour une dernière prière en faveur de son fils.
Deux heures de suspension: on veut séparer le réquisitoire de la plaidoirie de la défense. On lève l'audience à 6 heures du soir et elle doit recommencer à huit heures et demie. Mais M. Dollin du Fresnel n'apparaît qu'à neuf heures. En effet, il lui faut une demi-heure pour aller de son bureau à la cour d'assises. Brisant un service d'ordre inexistant, la foule s'est ruée. On ne peut plus entrer. On ne peut plus sortir. Et les cris qu'on supporte mal dans une salle de spectacle agitent ce lieu où, dit-on, la Justice doit régner.

Me Marcel Kahn est très pâle. Il est très simple aussi. Peu de gestes, une voix grave, un visage émouvant. Il plaide le doute. Ah! dans cette évocation de l'erreur judiciaire, il trouve des accents qui, en ondes successives, font vibrer la salle.
Me Marcel Kahn dit tout cela avec cet accent de Nîmes qui met comme un discret refrain dans ses paroles. Pour la première fois, Seznec pleure vraiment. Ce n'est pas le moindre effet de cette émouvante plaidoirie.

Lorsque Me Kahn a terminé, à 11 h. 15, les trois questions suivantes sont posées au jury:
1° Seznec est-il coupable d'avoir, dans la nuit du 25 au 26 mai 1923, assassiné M. Quémeneur?
20 Le crime a-t-il été commis avec pré-méditation et guet-apens?
3° Seznec a-t-il commis des faux en écritures en établissant de fausses promesses de vente?

Seznec, qui a repris tout son calme, n'a pas voulu ajouter un mot à la plaidoirie de son avocat. Il a simplement secoué la tête de gauche à droite pour dire non. Les jurés entrent en délibération à 11 heures 45.

Ils rapportent leur verdict, qui déclare Seznec coupable d'avoir assassiné Quemeneur. Le verdict est négatif pour la préméditation et il est affirmatif en ce qui concerne les faux en écriture.
En conséquence, la cour d'assises a condamné Seznec aux travaux forcés à perpétuité.
On emmène le condamné. La salle se vide peu à peu. Seul, devant le bureau de la Cour, exposée sur une caisse de bois, reste, fondement de l'accusation, la machine à écrire.

PIERRE BÉNARD.


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