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Tribunaux La bague de l'architecte Elle était fort belle ! Elle valait 15.000 francs.
M. Molvar di Magzmagyar, architecte, en était le propriétaire et il la portait fièrement à l'annulaire de la main gauche.
Le brillant qui l'ornait scintillait de mille feux." Fournisseur attitré des marines européennes, spécialisé dans la construction des phares, M. Molvar, en déroulant ses plans, situait exactement son annulaire gauche à la place de la lanterne, et les océans devenaient lumineux ! Ce bijou lui avait été donné par un membre de la famille royale de Serbie et lorsqu'il vantait la pureté de son éclat et l'importance de son poids il l'appelait : mon trente-six carats Georgewitch. Il y avait dans l'existence de l'architecte une autre source de clarté : c'était son amic Yvonne Lechoux, dite Rhodyane, artiste distinguée du Théâtre Femina et des Bouffes-Parisiens. Pour le plus grand bonheur de Magzmagyar, la bague et l'étoile conjuguaient leurs rayons. Lorsqu'il passait sur le boulevard, ayant l'une au doigt et l'autre près de lui, les marchands de verres fumés faisaient des affaires d'or. Il n'y avait pas un seul membre de l'honorable corporation des architectes qui fût aussi fortunée que M. Molvar dont la santé, de surcroît, et par souci de couleur locale était également resplendissante.
Dans la nuit du 24 au 25 juillet dernier, au Chateau Caucasien, vers trois heures du matin. M. Magzmagyar, sur le point de commander sa douzième bouteille de champagne, s'aperçut de la disparition du merveilleux bijou. Il accusa Rhodyane qui avait passé la soirée en sa compagnie, de le lui avoir dérobé. D'énergiques dénégations lui furent opposées par l'artiste. Mais au cours des journées qui suivirent, l'architecte revenant à la charge, prétendit qu'en présence de M. Bankey, directeur en chef de la Chancellerie à la légation de Hongrie et de M. Colmar, juriste international, Mlle Rhodyane avait fait des aveux. Il déposa une plainte et sa compagne fut arrêtée. M. Marigny, juge d'instruction, a, depuis, longuement entendu le plaignant qui, assisté de Me Roudenko, a déclaré se constituer partie civile. Puis il l'a confronté avec Rhodyane, cette dernière qui a choisi comme défenseur Me Joseph Python, a véhémentement protesté de son innocence, et accusé son ami de dénonciation calomnieuse pour des motifs de jalousie M. Bankey dont la déposition paraît des plus importantes a excipé de ses fonctions de diplomate pour demander au juge d'instruction de vouloir bien venir l'entendre à la Légation de Hongrie. Cette audition aura lieu incessamment. Un autre témoin, M. Tabuteau,, propriétaire du Château Caucasien a affirmé avoir vu la bague au doigt de Rhodyane, mais a-t-il ajouté, au su et au vu de tout le monde. Cette histoire prouve qu'un Hongrois peut être plus facilement « magyar » que « magnat ... nime!
Louis Fourès.
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