| Le Petit Parisien 31 août 1924 |
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POUR ET CONTRE Il ne faut tout de même pas ne parler des «sidis» que lorsqu'ils font parler d'eux. Tous ces temps-ci, les «sidis» ont été sages, aussi sages, en tous cas, que tous les autres citoyens. Profitons de ce bon moment pour parler d'eux tranquillement… Les «sidis», évidemment, n'ont pas une très bonne presse chez nous. Il faut convenir que certains d'entre eux, natures trop frustes, trop sauvages, trop ardentes, ont commis de si lourdes fautes que l'opinion publique pouvait à juste titre se trouver alarmée... Mais si les «sidis» ont commis des fautes envers nous, ce n'est pas une raison pour que nous commettions nous-mêmes des fautes envers eux, envers eux tous… Il semble bien que nous en commettions parfois quelques-unes. Une femme, Mme Malté de Sémo, veuve Mohamed, qui a pris la défense de ses frères malheureux, est allée faire une enquête, en Champagne, sur les conditions dans lesquelles vivent les travailleurs indigènes... Son enquête, qui paraît sincère et approfondie, révèle quelques faits navrants… D'abord, les «sidis», auxquels on reproche souvent, et pour cause d'être d'une propreté très relative, ne peuvent pas être propres. Ils vivent, « parqués comme du bétail, par cinquante, par cent, dans des réduits ou baraquements infects où la moindre élémentaire hygiène est impossible »... Pas de fenêtres, pas de lavabos, des paillasses rongées de vermine. C'est tout ce qu'on leur offre pour asile… C'est effroyable a dit Mme Malté de Sémo. On lui a risposté, invariablement : Ils seraient encore plus mal ches eux !… Et c'est une réponse qui n'en est pas une, et c'est une excuse qui n'est pas valable, et c'est une raison qui est simplement stupide et odieuse… Ils ne sont pas dans la brousse de Kabylie, les «sidis», quand ils travaillent à Reims, ou à Bar-le-Duc, ou à Puteaux... Ils sont en pays civilisé... C'est donc un devoir pour nous de les initier un peu à notre civilisation, de leur apprendre à être propres et civilisés... Ce n'est pas parce qu'ils sont «sidis» qu'ils doivent être couverts de poux… Il y a autre chose, autre chose qui est plus grave encore, qui révèle de notre part autant de légèreté que d'imprévoyance... Nous faisons venir ces «bicots». Nous les jetons sur le pavé de nos villes. Une usine les emploie... Puis, au bout de six mois, L’usine n'ayant plus besoin d'eux les congédie. Alors personne ne se soucie plus d'eux. On les laisse errer, chômeurs faméliques, dans les faubourgs et les campagnes... Ils n'ont pas de métier. Ils n'ont pas de syndicat. Ils n'ont pas de soutien. Ils ne parlent pas français... Ils traînent, comme des chiens perdus, et meurent de faim... A Reims, ainsi, plus de deux cents «sidis» chôment et courent après une croûte de pain... Est-ce juste ?... Est-ce décent ?... N'avons-nous pas, civilisés, quelques devoirs envers ces malheureux moins civilisés que nous ?... Nous ne devions pas les appeler chez nous... ou bien, les ayant appelés, nous devons veiller un peu sur eux... Nous devons leur montrer que la civilisation n'est pas un mot qui signifie soit exploitation, soit indifférence, soit vermine, soit misère... Maurice PRAX, |
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