| L'Ouest-Éclair 31 août 1924 |
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L'ENQUETE DE L'OUEST-ECLAIR L'avis d'un hôtelier Baie de Saint-Michel-en-Grève (Côtes-du-N.). Je tiens tout d'abord à remercier l'« Ouest-Eclair » de son heureuse initiative relative à la saison touristique qui bat son plein et qui, grâce à son enquête, nous permet ainsi d'entendre le son de toutes les cloches. Je désire également être l'interprète de mes collègues, les hôteliers bretons, en répondant a votre questionnaire. Qu'il me soit permis d’émettre à mon tour mon humble avis et les difficultés que doit surmonter l'industrie hôtelière bretonne, difficultés ignorées totalement de la majorité des touristes qui séjournent chez nous. Ces touristes ne savent pas et il est bon de les éclairer que la Bretagne touristique qui, par la beauté, la variété et le pittoresque de ses paysages, tend à être, visitée de plus en plus, est comme paralysée dans ses mouvements vers le progrès Tout d'abord, au lendemain de la guerre, l'hôtellerie avait-elle tiré profit des embarras de la Patrie ? Elle qui avait été la vaillante auxiliaire de nos hôpitaux, s'était vue, dès l'armistice, mise à l'index et placée en dehors du droit commun fiscal par la taxe en trois catégories suivant l'hygiène et le confort des établissements. Aussi bien, n'est-il pas de notre devoir de nous soucier d'un plus grand confort, de suivre le mouvement de nos concurrents étrangers; en un mot, d'attirer la clientèle et de ramener chez nous la fortune évadée ? En protégeant notre industrie le gouvernement devrait savoir qu'il travaille à la prospérité générale. Eh bien, qu'a-t-on fait ? Rien ! Absolument rien? Que de propos diffamatoires n'entendons-nous pas contre l'Hôtellerie, qui ne peut suivre la marche rapide du tourisme en France! D'après les notes données par tous ces carillons, ne s'imaginerait-on pas qu'il suffit d'un coup de baguette magique pour faire surgir du sol une industrie à peine existante avant la guerre? Une dizaine d'années auparavant, l'on se contentait dans notre petit trou pas cher d'une modeste écuelle et d'un simple torchon pour faire sa toilette. Aujourd'hui, on nous réclame de l'eau courante, des baignoires, des bidets, des water-closets avec chasse, etc. Or, toutes ces installations sont d'un coût très élevé pour une clientèle qui désire toujours le bon marché... dans notre petit trou pas cher. D'autre part les frais généraux sont près de sept fois plus élevés et l'hôtelier a augmenté à peine de cinq fois son tarif d'avant-guerre. Comment alors résoudre ce problème difficile qui se pose : dans le court délai que dure la saison touristique en Bretagne, 45 jours effectifs, trouver le moyen de mettre de côté le capital nécessaire pour doter un hôtel du confort moderne réclamé par les clients ? A mon avis, l'Hôtellerie bretonne, nonobstant le Crédit National Hôtelier mis à sa disposition, ne pourra prendre son essor que lorsque le Gouvernement lui aura accordé l'avance de la période des vacances scolaires dans toute la France et les colonies, à dater du 1er juillet de chaque année. A la taxe de séjour, si impopulaire, vient s'ajouter encore la cherté excessive des voyages par chemin de fer. Et cependant les grands centres touristiques tels que Paris, Lyon, Marseille se sont opposés à cette taxe ! Allons-nous, hôteliers de province, accepter cette taxe vexatoire et en être le percepteur responsable? Enfin, la suppression des billets de bains de mer est aussi gravement préjudiciable aux intérêts des régions touristiques. Faut-il parler de nos petits réseaux, dits économiques, dont les tarifs sont plus onéreux encore que ceux des grandes lignes ! Et si encore ils ne trouvaient pas le moyen de se contrarier entre eux, dans l'établissement de leurs horaires, au détriment des voyageurs qu'ils embouteillent de station en station! Plestin-les-Grèves par exemple, tête de ligne des deux réseaux du Finistère et des Côtes-du-Nord, quand un train arrive en gare, l'autre est parti! L'horaire est compris de façon déplorable. Il semble que l'on se soit ingénié à empêcher les voyageurs de voyager. Il en est de même pour les colis expédiés en gare de Saint-Efflam lesquels ne doivent pas dépasser 20 kilos pour y être acceptés; sinon, ils sont envoyés à la gare de Plestin-les-Grèves à 5 kilomètres au-delà. Jugez du mécontentement des habitants de cette plage et de leurs protestations d'ailleurs vaines, bien entendu. Quant à nos routes nos réseaux routiers deviendront bientôt impraticables. Cependant, comment emploie-t-on les gommes formidables que rapporte l'automobile ? Enfin, parmi les difficultés de toutes sortes que nous rencontrons, il faut compter celles que nous occasionne le recrutement du personnel qui se raréfie de plus en plus, principalement en ce qui concerne la cuisine. En résumé, nous prions l'Ouest-Eclair : 1° Pour le bien général de la Bretagne, de nous aider par tous ses moyens pour qu'il nous soit accordé l'avance de la période des vacances scolaires et administratives. J. H. C La Bretagne hospitalière Parlez-nous de Bretagne et d'hospitalité ». demande l'Ouest-Eclair. Voici donc un bref rapport sur Guerlesquin (Finistère) et sur ses habitants, qu'une panne d'auto nous a fait connaître en la semaine de l'Assomption. La voiture étant immobilisée sur la route à six ou sept kilomètres du village, complaisance extrême des bonnes gens de Guerlesquin pour nous tirer d'affaire, procurer des secours loger à l'hôtel du Lion d'Or, ma famille de neuf enfants, et la grand'mère et la maman, la troupe entière des rescapés. Lendemain et jours suivants, travail à l'auto: empressement général à nous fournir toute l'aide dont nous avions besoin. Et comme aucun des voyageurs n'avait une égratignure, Guerlesquin eut aussi le bon goût de ne pas les écorcher. Un seul des secouristes évalua un peu cher les services rendus. C'était là un simple excès de vitesse dans la préparation de sa note. Car nul n'est parfait, Mais partout ailleurs, à l'hôtel. et dans les maisons du pays, bienveillance et affabilité extrêmes qui m'ont beaucoup touché. Me souvenant de longs et lointains voyages faits quand j'étais jeune en Ecosse j'ai comparé l'hospitalité bretonne à l'hospitalité écossaise, Celle-ci est aussi réelle que légendaire. Mais je songeais que l’hôte Breton vaut l'Ecossais, et il est bon qu'on le sache. D'où un conseil aux touristes sans inviter personne à briser sa voiture aux environs de Guerlesquin (ce n'était pas d'ailleurs la faute de la route, qui est excellente), comme j'engage les Parisiens à connaître non seulement les plages de Bretagne, mais l'intérieur, les admirables hautes terres de l'Arrez, et des pays voisins de l'Arrez ! Et pourquoi n'y ferait-on pas séjour ? Je reviens à mon Guerlesquin, gros bourg qui a l'air d'une ville mais d'une ville qui a de l'air. L'église y est charmante. Les hôtels y sont bon marché, aussi propres et bien tenus qu'ils sont accueillants. L'idée ne serait-elle pas bonne de prendre un pareil patelin pour centre d'excursions, en bicyclette. ou voiturette ? Dans un pays de douce paix, cure de repos pour l'âme, le corps et le porte-monnaie. Baigneurs qui sur la côte ne prenez pas de bains, je vous recommande la panne de Guerlesquin. UN PARISIEN. Tréboul se défend Nous recevons de M. G. Marec, maire de Tréboul, la lettre suivante que nous nous faisons un plaisir d'insérer : Votre journal du 26 août mettant en cause l'administration municipale, je vous prie de vouloir bien insérer les rectifications qui suivent : Le service d'eau de Tréboul date de 1900. A cette époque il était difficile de prévoir l'extension importante et rapide prise actuellement par la plage des Sables-Blancs. Votre correspondant se plaint que l'hôtel où il est descendu soit privé d'eau: la direction de cet établissement construit en 1924 connaissant par avance l'insuffisance des captations, aurait peut-être pu suivre l'exemple d'un grand hôtel voisin, et prévoir le complément d'alimentation par la construction d'un réservoir approprié. D'autre part, si j'ai fait fermer le robinet de l'hôtel en question pendant 24 heures, non pas qu'à mon avis les hôtels dépensaient trop d'eau, mais qu'il était absolument urgent de distribuer quelque peu d'eau potable à la population qui supporte avec égalité d'humeur la privation de ce précieux liquide au profit des touristes, mais qui ne saurait cependant en être dépourvue totalement pendant l'été. Votre correspondant aurait dû passer par la mairie. Il aurait appris que depuis 1922 nous demandons la taxe de séjour pour l'établissement d'un service d'eau abondant. Nous attendons impatiemment le résultat de nos démarches incessantes près des administrations compétentes. Quoi qu'il en soit de ces démarches et sans attendre les décisions administratives, si votre correspondant avait été touriste, il serait monté jusqu'au bois du « Rohou » d'où la vue est unique; il aurait remarqué près de là les travaux importants de prospection exécutés sous les ordres d'ingénieurs éminents. Poussant plus avant sa curiosité, il aurait appris que ces messieurs préparaient un avant-projet très complet d'adduction d'eau qui sera exécuté dès que la collaboration des pouvoirs publics sera acquise. Que certains touristes aient cru devoir se cotiser pour faire enlever de la plage les détritus (qu'ils y déposent), il nous paraît que c'est là un geste de convenance élémentaire. Nous ajoutons que les intérêts touristiques de Tréboul n'ont pas échappé à la municipalité actuelle. Votre correspondant n'a pas remarqué que l'élargissement du pont menant à la plage est en voie d'exécution. Il ignore que la route est en projet de rectifications importantes. Qu'une étude d'aménagement de la plage est confiée à l'ingénieur des T. P. E. et qu'une partie des améliorations prévues seront exécutées dès cet hiver. Nous regrettons que vous croyiez devoir insérer des récriminations aussi peu fondées qui jettent le trouble dans la population, impressionnent très péniblement les hôteliers soucieux d'hygiène et de confort, qui s'efforcent d'offrir à leurs pensionnaires un séjour des plus confortables. Pourrait-on vous demander de nous communiquer à l'avenir avant insertion les articles qui pourraient vous parvenir au sujet de notre administration municipale, ce qui nous permettrait de faire paraître notre réponse à la suite des critiques ci-dessus et vos lecteurs jugeraient ainsi plus facilement. Veuillez agréer... Le Maire, G. MAREC. Nous ne regrettons pas, pour notre part, d'avoir publié les remarques du correspondant occasionnel de Tréboul puisque cette publication nous a valu de M. le Maire de Tréboul la très intéressante lettre qu'on vient de lire. Il est bon que les touristes connaissent les difficultés auxquelles se heurtent trop souvent les municipalités et les raisons vraies d'actes qui leur semblent illogiques au premier abord. Il est bon aussi de faire savoir aux touristes que Tréboul n'est pas « à la traîne», que sa municipalité, au contraire, s'est préoccupée depuis longtemps de faire de ce magnifique pays un centre de tourisme doté de toutes les commodités modernes. Les touristes sauront gré à la municipalité de ses efforts; ils lui feront confiance et reviendront, nous en sommes certains, nombreux à la saison prochaine. Les municipalités qui font quelque chose sont trop rares pour que l'exemple de Tréboul, comme celui de Binic, ne soit pas à signaler. |
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