| L'Avenir de Luchon 14 septembre 1924 |
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DESPORT Le sport, ce mot anglais. qui se place en frontispice de toutes les manifestations de plein air, cette saison, plus que jamais n'a plus besoin d'être traduit; mais il est regrettable que nous n'ayons point gardé notre vieux mot français « desport » dont il fut dérivé après la conquête de Guillaume le Conquérant pour exprimer ce qui jadis était synonyme de plaisirs, de jeux de divertissements. Les portes des vacances se sont ouvertes sur le champ de bienheureux plaisirs; les épouses s'en vont, les maris restent, retenus par leurs affaires de plus en plus absorbantes C'est la fièvre des grands départs; ceux des villes vont aux champs, ceux des campagnes se dirigent vers les grandes cités, ceux des champs vers la mer, ceux des océans vers les coteaux verdoyants et ceux des plaines monotones vers la montagne captivante, pareils à un flux et reflux. La femme et l'enfant ont besoin de ces dérivatifs, dans ce frottement perpétuel de la vie, les idées jaillissent, les caprices naissent, les êtres se forment. Tout l'été, tous les lieux deviennent relativement mondains, de partout émergent des touristes enrubannés et empanachés. D'où viennent-ils? La promenade le matin, les thés l'après-midi, le soir le Casino. Ils regorgent de partout. Les vacances c'est la grande détente pour tous; heureux ces enfants des écoles qu'on lâche plus de deux mois. Même les plus pauvres peuvent aller dans les colonies de vacances à portée de toutes les bourses. Rien de tel pour régénérer la race! De plus en plus, au moins pour une quinzaine, chaque ménage se déplace. A côté du tennis et du croquet, la danse et devenue un « des sport », et non le moindre; un piano, quelques couples et voici une après-midi dansante organisée sous les arbres. Dans une clairière au soleil couchant; le coup d’œil en est charmant. Les jeunes filles ont revêtu ces gracieuses robes de linon et d'organdi clairs abondamment agrémentés de plumes assorties et dont les brins noués voltigent autour d'elles et leurs danseurs, comme des farfadets. La mode évolue, se modifie, mais elle reste toujours égale à elle-même ; très artiste. Écharpes fantaisies, frangées d'effilée de soie, de plumes ou de perles, écharpes qui se nouent et se dénouent aisément; tel est l'autre aspect de la mode. Sur ces immenses nappes de sable, elles claquent au vent du large comme des oriflammes. L'heure du bain voit surgir les parasols jaunes et rouges qui poussent comme de gros champignons au milieu d'une nuée d'élégantes, et vu des falaises, nous fait songer à quelque grouillante cité de Gulliver! GIAFAR. |
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