| L'Ouest-Éclair 16 septembre 1924 |
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UN DRAME RELIGIEUX QUI POURRAIT AVOIR DES SUITES POLITIQUES La Mecque, Ville Sainte de l'Islam, va-t-elle tomber au pouvoir des schismatiques ? PARIS, 15 septembre. Une dépêche du Caire, qui n'a pas été confirmée, présentait ocmme imminente la prise de la Mecque par les rebelles du Hedjaz, les Wahabites. Il faut prévoir les répercussions, immédiates et lointaines, que ne manquerait pas d'avoir jusqu'aux confins du monde islamique, la chute de la Ville sainte, où s'élève le tombeau de Mahomet. Pour avoir quelque intelligence des événements dont le Hedjaz est le théâtre, il faut savoir que les Wahabites et les Sunnites se considèrent mutuellement comme schismatiques. Ce sont deux sectes d'Islam. Hussein, roi du Hedjaz, est sunnite; Ibn Es Sououd, son adversaire d'aujourd'hui, est wahabite. La Mecque est depuis quelques siècles au pouvoir des Sunnites. La capitale, purement symbolique, du Toi Hussein, est Djeddah, station balnéaire bien connue, de la Mer Rouge. Purement symbolique, disons-nous. C'est qu'en effet, le royaume du Hedjaz est une création purement artificielle, une grande pensée britannique. A Djeddah, capitale fantôme, vit un fantôme de roi. C'est là que débarquent tous les Musulmans du monde en voie de pèlerinage. Là, ils chevauchent le chameau pour courir à La Mecque, à travers quatre-vingt-quatre kilomètres de sable, se prosterner devant la Sainte-Kabah et baiser la Pierre Noire. Le royaume de Hussein, c'est ce désert de sable, qu'entre la Perse et la Mer Rouge, entre la Méditerranée et l'Océan Indien, parcourent les tribus arabes, éternels nomades ; les Bédouins. Les Bédouins ont vécu sans roi des siècles durant Ils ont reconnu (si le style diplomatique est de mise ici) le roi Hussein. parce que cela lui faisait plaisir et ne leur coûtait rien; mais ils sont les premiers à rire de cette royauté. Le roi Hussein n'est pris au sérieux qu'à Londres. Nous le disions tout à l'heure : c'est l'Angleterre qui l'a fait… L'Angleterre ! Il y a de fortes chances pour que la révolte des Wahabites cache une intrigue anglaise, à moins qu'elle ne soit une forme de protestation contre l'ingérence de l'Angleterre dans les affaires de l'Islam. Il y a tout juste un lustre, le problème qui se posait au gouvernement de Londres était le suivant réconcilier Hussein avec Ibn Es Sououd et tâcher d'amener le roi du Yemen, l'iman Yahia, à se rallier à la cause du chérif de La Mecque. En cas de réussite, tout le pays entre l'Irak et le Yemen, c'est-à- dire toute l'Arabie, se trouverait confédérée sous les auspices religieux du chérif de La Mecque et sous la direction bienveillante de l'Angleterre le royaume arabe serait constitué. Le plan, on le sait, a été couronné de succès. Mais, depuis, l'Angleterre a connu des déboires. Elle a eu des difficultés en Mésopotamie, en Transjordanie, dans l'Egypte voisine. Nous avons dû, nous Français, chasser l'émir Fayçal de Damas et organiser solidement la défense de la Syrie contre des voisins aux dents longues. Bref, la construction artificielle élevée par l'Angleterre a fait entendre des craquements. L'abolition du khalifat, en libérant les Wahabites de tout lien avec Constantinople, a posé devant eux la question de la garde des Lieux Saints. L’émir Ibn Es Sououd, vassal de l'Angleterre, a repris son indépendance. Les troupes britanniques vont au secours du roi Hussein CONSTANTINOPLE, 15 septembre. Un message d'Adana signale que le général Weygand permettrait aux autorités syriennes de donner toutes facilités aux troupes britanniques quittant Bagdad pour la Palestine, de traverser la portion Sud-Est du territoire syrien. Les troupes britanniques vont au secours du roi Hussein. |
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