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La petite maison
Quand je vois une affiche de lotissement, je suis tenté de pleurer. Je pense : «Voici un beau parc, une belle forêt qu'on va défricher; on va abattre des arbres splendides pour les remplacer par de pauvres cordons de pommiers, autour de cabanes à lapins. Voici des allées que les camions et les tombereaux transformeront en fondrières. Où l'on cueille aujourd'hui le muguet et la fraise des bois, il y aura demain des champs de choux et des jardins de curés. D'ineffables pylônes électriques tendront leurs fils dans le ciel ; des piquets de bois enclaveront des propriétés dérisoires. La banlieue pelée mangera un coin de campagne. Paris, comme une grande tache, étalera ses bavures; au lieu d'écouter les oiseaux, on entendra le phonographe qui hache des « blues ». Pauvre France! » Mais.... Mais un camarade de régiment, un ouvrier appliqué et laborieux m'a invité à venir déjeuner chez lui, dans cette affreuse banlieue. Il m'à montré avec orgueil la petite maison en carreaux de plâtre qu'il a bâtie lui-même, il m'a fait manger de ses pois verts et de ses salades, il m'a régalé des œufs de ses poules et de la gibelotte d'un de ses lapins; il m'a donné, quand je suis parti, un bouquet de ses roses. Il m'a dit : Depuis que je suis ici, je ne vais plus chez le bistro, parce que j'ai trop de turbin: mon jardin, tu comprends... et ma bicoque que j'agrandis dès que j'ai quatre sous à gauche…
Mon camarade était heureux; sa femme, les mains aux hanches, regardait sa lessive sécher sur des cordes; les gosses étaient dorés et sains. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point toutes les petites maisons couvertes de zinc ou de tôle ondulée, toutes les baraques qui peuplaient un ancien domaine cerné de murs revêches m'ont paru utiles et sympathiques.
D.
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