| L'Ouest-Éclair 18 septembre 1924 |
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ON SE BAT UN PEU PARTOUT LA RUSSIE DU SUD, MENACEE DE FAMINE, PARIS, 17 septembre. La revolution géorgienne, que les troupes soviétiques s'emploient à étouffer dans le sang, prend une extension qui peut devenir singulièrement dangereuse pour le gouvernement de Moscou. De Géorgie, les troubles se sont propagés dans l'Azerbaidjan, dont la population devait, elle aussi, subir le joug des Bolcheviks. L'Azerbeidjan. c'est le pays du pétrole. Bakou, sa capitale, est le centre bien connu de la production pétrolière. Comme on le verra, par la lecture des dépêches ci-dessous, les révoltés ont mis le feu aux puits et la ville risque de brûler tout entière. Or le gouvernement des Soviets venait de reconstituer à grands frais l'exploitation détruite au cours des guerres civiles des cinq dernières années. C'est sur l'exportation du pétrole que le Directoire de Moscou compte surtout pour se procurer des ressources. Sur l'exportation du pétrole... et sur celle du blé. Car le reste de l'Europe assiste, indifférente, ici et là intéressée, à ce spectacle paradoxal et immoral d'un peuple menacé de famine auquel ses dirigeants arrachent son blé pour le vendre à l'étranger. Menacé de famine, la Russie l'est à bref délai, cela résulte de la situation des, récoltes et du propre aveu de M. Rykoff, président du Conseil des commissaires du peuple. « La calamité qui s'abat sur le peuple, a-t-il dit, égale presque celle de l'an 1921. Au moins huit millions d'habitants en seront affectés ». La colère des populations s'exprime par la révolte armée. La Russie orientale, la Crimée font cause commune avec les Géorgiens. Il y a des troubles à Odessa et à Sébastopol. Tout le sud de l'ancien empire des tsars est en ébullition. Peut-être l'armée rouge, objet des soins constants du Directoire moscovite, est-elle assez forte pour noyer la rébellion dans le sang. Mais sa fidélité on le sait bien à Moscou est sujette à caution. Les soldats de Trotsky pourraient bien, un jour, se retourner contre lui… On remarquera que les ouvriers de Bakou sont entrés en mouvement à cause des bas salaires qui leur sont distribués. Hé ! quoi, le salariat existe encore dans la République Socialiste? Quant aux paysans, ils se plaignent que l’État ne paye pas leur blé assez cher. Ainsi les travailleurs de la terre, dans cet empire karlmarxisé, ne sont pas maîtres de ce qu'ils produisent et l'argent, l’infâme capital, reste le dominateur ! Étrange paradis, vraiment… La révolution victorieuse dans l'Azerbeidjan En revanche, en Azerbeidjan, la plupart des 30.000 ouvriers des mines de pétrole de Bakou se sont joints aux révoltés en raison de leurs bas salaires et ils ont contraint les armées rouges à rentrer à Bakou. Les paysans ont également pris parti pour les révolutionnaires à cause du bas prix qui leur est payé par le gouvernement pour la livraison des grains. La révolution en Azerbeidjan, dont la population est en majeure partie musulmane, est appuyée et dirigée par des officiers turcs. On signale aussi l'arrivée de munitions turques. Riza Bey est le chef d'état-major des révolutionnaires et ses adjoints sont en majeure partie des officiers tures. Les puits de pétrole de Bakou en flammes ? L'exportation du blé provoque des troubles en Crimée |
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