Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


Paris-Soir28 septembre 1924


Le régime de la concession pour un grand nombre de services

Ce qu'il faut oser dire (1)

Mon récent article « Ce qu'il faut oser dire » m'a valu de nombreuses lettres.
Lorsque je pris la responsabilité de jeter ce projet dans l'arène aux idées, je m'attendais à des attaques violentes de la part de ceux qui ne savent pas que le patriotisme consiste souvent à faire aux nécessités de la conservation nationale les sacrifices des plus nobles sentiments. J'en viens maintenant à penser que ceux que je croyais heurter délibérément sont moins nombreux que je ne me l'imaginais puisque, parmi toutes les lettres que j'ai reçues de nos lecteurs que passionne le bien public, il n'en est pas une qui ne m'approuve sans réserves.

Et cependant, certaines d'entre elles émanent de coloniaux de vieille date, d'hommes auxquels le fait d'avoir consacré leurs forces à la prospérité de notre domaine d'Extrême-Orient devrait rendre plus pénible qu'aux super-nationalistes professionnels et ignorants la concession de ce domaine à l'exploitation conditionnelle de l'étranger !

Bien au contraire, certains m'apportent le témoignage de leur compétence réalisatrice et de leur patriotisme éclairé.
Ils ont compris car encore une fois il ne s'agit pas d'autre chose, que ce n'est pas un abandon de souveraineté que je propose, mais une affaire commerciale, une cession des services et entreprises publiques présents et à venir, avec leurs dépenses et leurs recettes, c'est-à-dire avec leurs bénéfices possibles, pour une période déterminée. D'ailleurs, toute personne sensée sait que la plupart des organismes d’État sont des entreprises industrielles et qu'en dehors de la Justice, de la Police, de l'Instruction et de l'Assistance publique, les Services des Travaux publics, des Transports, le Domaine agricole, forestier, industriel, les bâtiments publics sont totalement indépendants de la notion de souveraineté. Les savants économistes ou jurisconsultes les plus autorisés admettent aujourd'hui que cette notion métaphysique doit être de plus en plus restreinte. N'existe-t-il pas des pays où la police même est assurée par l'initiative privée ?

Le régime de la concession pour un grand nombre de services fonctionne d'une façon souvent fructueuse lorsque le concessionnaire a su réserver les avantages qu'il comporte.

Certes, il est bon de ne pas livrer aux appétits des Sociétés capitalistes les services que l’État peut faire fonctionner dans l'intérêt général, mais lorsque, bien au contraire, l’État peut trouver en dehors de lui-même les ressources nécessaires à l'organisation de ces services et à leur extension, et lorsque ces ressources lui manquent, l'hésitation n'est pas possible.

Ne voyons-nous pas, en France même, de grands travaux publics susceptibles de procurer de nombreux avantages, n'être pas entrepris faute d'argent ?
Et pourtant, la métropole française est riche du legs en capital de tout un passé de travail et d'économie.

Dans nos colonies, au contraire, le passé n'apporte rien et l'avenir est plein de promesses illimitées, de fructueux rapports, de prospérité indéfinie.
Or, ces ressources qui nous manquent en France pour des travaux indispensables, comment les trouverions-nous pour nos colonies? Il y a là une évidence devant laquelle il faut s'incliner. Un pays colonisateur a l'obligation morale de développer la prospérité des territoires qu'il a conquis par la force des armes.

Cette obligation, nous ne pouvons pas la remplir par nos propres forces, quelques bénéfices que l'avenir nous permette d'en retirer, parce que nous ne possédons pas les capitaux nécessaires. Pourtant, nous ne pouvons pas abandonner définitivement à l'étranger la possession d'un territoire sur lequel règnent les lois et la justice française, que nos soldats ont conquis et conservé, que nos instituteurs et nos professeurs ont instruit.

Mais, ne serait-il pas possible, tout en conservant les troupes, la police, les tribunaux et les écoles françaises, de céder aux Américains les services et les exploitations à caractère industriel ou agricole, susceptibles, tout en rapportant des bénéfices, de donner un formidable élan à la prospérité de la colonie, à son agriculture, à son commerce, à son industrie ?

Voilà le problème nettement posé, sans équivoque possible.
J'étudierai, dans un prochain article, les grandes lignes de sa réalisation, les conséquences que sa réussite entraînerait pour notre situation financière, ainsi que les avantages économiques, politiques et stratégiques qu'il pourrait procurer aux Etats-Unis.

Jean Concian.

(1) Voir Paris-Soir du 11 septembre.


Retour - Back 28 septembre 1924