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Le Petit Parisien 25 septembre 1924


 Les temps étant troubles

POUR ET CONTRE

Il paraît que c'est le consommateur ça se dit, ça s'écrit qui est le premier responsable de la vie chère. Le consommateur serait devenu d'une gourmandise et d'une prodigalité furieuses. Le consommateur passerait son temps soit à engloutir des poulardes, soit à jeter son argent par les fenêtres.
Il ne faudrait tout de même pas aller trop fort. Il n'est, certes, pas douteux qu'il y a des consommateurs qui ne se privent pas. Il n'est pas douteux, non plus, que, depuis la guerre, l'argent se dépense assez facilement. Les temps étant troubles, les changes étant détraqués, le monde entier étant un peu toqué, on hésite à penser à l'avenir. On préfère vivre au jour le jour et cueillir les joies du moment. Mais c'est l'humanité tout entière qui fait ainsi une consommation intense de la vie quotidienne, et ce n'est pas seulement le consommateur propre- ment dit. C'est aussi le producteur, le marchand, l'industriel, le littérateur, le député, le médecin, le cultivateur, le boucher, le pharmacien. C'est aussi la femme du riche industriel, la petite amie du gros négociant et la fille du brave fermier.

Tout le monde est consommateur. Quand on s'en prend ainsi au consommateur, on s'en prend à tout le monde, à tous les hommes, à toutes les femmes, à tous les humains. Autant dire qu'on ne s'en prend à personne. Autant dire qu'on ne dit rien.

Pour certains, cependant, qui chargeraient volontiers le consommateur de tous les péchés et qui aimeraient à faire croire que c'est l'agneau qui dévore le loup, le consommateur n'est pas tout le monde. Le consommateur est le citoyen qui, dans l'ordre économique, joue uniquement et perpétuellement le rôle de consommateur et qui ne produit, ni ne vend rien. C'est le pauvre diable que l'on accuse de faire bombance. C'est le pauvre diable qui, serait l'ogre et le goinfre, le seul ogre et le seul goinfre. En vérité, c'est un peu raide!

Le consommateur qui ne fait que consommer peut se défendre sans peine. Il peut prouver, par a plus b, que les consommateurs qui consomment le plus sont des consommateurs qui sont, en même temps, producteurs, négociants, industriels. Dans les palaces, dans les grands restaurants, dans les magasins de luxe, à Deauville, à Biarritz, à Nice, à Aix, ce sont ces consommateurs que l'on rencontre et que l'on voit mener joyeuse et opulente vie. Les autres consommateurs, ceux qui ne font que consommer, ont bien triste mine, à côté de ces messieurs et de ces dames. Moralité: laissons un peu tranquille le pauvre consommateur, consommé et assommé.

Maurice PRAX


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