| Le journal des débats 21 septembre 1924 |
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L'Institut de coopération intellectuelle L'acceptation de l'offre française Genève, le 19 septembre. La deuxième commission, dès l'abord, réagit avec vivacité. Et pendant plusieurs jours on entendit des orateurs venus de tous les coins du monde élever des doutes sur l'opportunité de la création de l'Institut de coopération intellectuelle dans une ville comme Paris. Pourquoi pas Genève, Bruxelles, Londres? Les orateurs ne contestaient pas certains avantages de l'offre française: la dotation d'un million promise par le gouvernement français, les facilités résultant, à Paris, de la proximité de grandes bibliothèques, de grandes collections, le fait que Paris est un vaste centre intellectuel, la Ville-Lumière, comme on n'ose plus dire, où tout le monde passe; mais le prestige de Paris et son rayonnement, voilà tout justement ce qui portait ombrage. Un ami italien me disait à ce propos : « Cette méfiance d'un comité international à l'égard de Paris, he! quel hommage, mon cher, quel hommage éclatant! On sait la force de l'esprit français, on connaît l'empreinte indélébile que le génie de ce pays impose à tout ce qui l'approche. L'Institut de coopération intellectuelle à Paris, mais ce sera une organisation de propagande française. » Voilà la gros mot lâché et c'est en vain qu'on aurait tenté de convertir, si intelligent soit-il, mon bon ami italien, mais la deuxième commission, elle, a pu être convertie à la longue, Seulement, il fallut y mettre le temps. M George Bonnet, qui, depuis le départ de M. Bergson, menait la lutte pour son gouvernement, entre pour beaucoup dans ce succès, M. Bonnet a été catégorique, sans violence, explicite avec discernement. Il a réussi, en fin de compte, à prouver aux intellectuels tout gonflés de défiances nationales que la France allait ravir le monde lettré et savant par la qualité rigoureusement internationale de l'Institut qui sera tantôt créé. Et, peu à peu, les résistances se sont fondues. La Belgique, qui a déjà fondé à Bruxelles diverses organisations où elle voyait en quelque sorte les amorces du nouvel Institut, a rendu les armes. Et Anglo-Saxons ont suivi. A l'exception, toutefois, de l'Australie. Méfiant jusqu'au bout, M. Charlton, délégué de ca pays, déposait encore dans la dernière séance une résolution repoussant le cadeau français, mais M. Gilbert Murray, délégué britannique, qui menait le débat, a fort courtoisement répudié cette proposition et quand il a passé au vote, M. Charlton est resté seul de son avis. En revanche, la commission a voté, à l'unanimité, sauf une voix, les résolutions de la sous-commission acceptant le cadeau français. On y met, au vrai, quelques conditions: sécurités et garanties », comme on dit ici. C'est ainsi que l'Institut de Paris sera administré par la commission de coopération intellectuelle et que celle-ci déléguera, à son tour, un comité de direction composé de cinq personnes appartenant toutes à des nationlités différentes. En outre, il est formellement déclaré, dans les considérants qui précèdent les résolutions, que le programme et le personnel de l'Institut, « d'accord avec le gouvernement français », auront un caractère purement international. Ces précautions, encore une fois, peuvent paraître excessives aux personnes qui ne connaissent pas le milieu de la S. D. N. J'ai rencontré, à Genève, des Français que tant de soupçons, librement exprimés, déconcertaient et irritaient. Ils auraient voulu voir le délégué français prendre la mouche et retirer son offre. M. George Bonnet a préféré la patience et la ténacité, Il n'a pas à le regretter. A la France, maintenant, de montrer, par le respect de ses engagements, qu'elle mérite la confiance que la deuxième commission s'est résolue à lui témoigner. MAURICE MURET. |
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