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Paris-Soir28 septembre 1924


Quatre foires de quartiers s'ouvrent aujourd'hui

LE RETOUR DES FORAINS

Quatre foires de quartiers s'ouvrent aujourd'hui. La plus grande est celle du Lion de Belfort.

Quatre répétitions générales ont lieu aujourd'hui à 2 heures. Tous les Parisiens y sont invités, et cependant aucun courrier théâtral ne les annonce. Ne vous étonnez pas... Il s'agit simplement de quatre fêtes, foraines, qui s'ouvrent aux quatre coins de Paris.

La première s'est commodément installée sur la place de la Nation, ce Sahara du douzième arrondissement. La seconde dresse ses baraques de toile peinte d'un bout à l'autre de l'avenue de Flandre dans le quartier des maquignons et des bouchers. En entendant leurs frères des manèges tourner docilement au son d'une java, les cochons des abattoirs vont certainement penser : « En ont-ils de la chance ! »
Plus aristocratique, aimant la verdure et le calme, une troisième foire est allée camper autour du square des Batignolles. Habitants du dix-septième, vos nuits seront momentanément troublées par des valses langoureuses et des coups de fusil ! Ça vous rappellera vos vacances…

Mais, plus importante et plus somptueuse que toutes les autres, un dernière foire occupe pour trois semaines la place du Lion de Belfort et les boulevards adjacents.. Les tourniquets sont préparés; les clowns ont revêtu leurs costumes de soie rouge, semés d'un vol de papillons. Les bouteilles de champagne « goût américain » s'alignent sur les étagères, comme des demoiselles de ballet. La grande bâche verte qui pèse sur toutes les boutiques va s'envoler d'un seul coup, et la fête va commencer.

Elle est toujours la même, cette fête, et cependant toujours nouvelle. Ce soir, de vieux Parisiens dépenseront des sommes folles pour gagner un saladier, pour percer des cartons ou pour contempler avec déférence d'inquiétants monstres marins. Ils ont ça dans le sang.

Le rugissement des fauves appelle déjà tous les habitants de la rive gauche vers la place Denfert-Rochereau. Car il y a des fauves. Ils sont arrivés, ce matin, dans leurs cages aux solides barreaux. Ils ont aperçu le Lion de Belfort, inoffensif, immobile, inutile. Ils ont pensé : « Ça un lion ? »
Maintenant, ils sont maîtres de la place.


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