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L'Avenir d'Arcachon 07 septembre 1924


 trois guerres

Trois guerres

Les employés du bureau central des Postes de la place Tartas sont bien à plaindre; ils ne savent ou donner de la tête; à chaque instant il leur arrive des avaries dans le genre de celles-ci :

Lundi dernier, à 15 heures, une dame coiffée d'un béret blanc se présente à l'un des guichets et demande un maillot collant.

—En fait de choses collantes, lui répond l'employé, nous ne vendons ici que des timbres.
—Comment ! s'écrie la dame, on ne vend que des timbres aux Nouvelles Galeries d'Arcachon !
—Mais, madame, fait observer l'employé, vous êtes ici à la poste et non dans un magasin.
—Vous mentez, riposte la dame furieuse; je n'aime pas qu'on se moque de moi; votre devanture porte une grande pancarte jaune avec l'inscription "Nouvelles Galeries". Je veux un maillot de bain et je ne sortirai pas d'ici sans l'avoir essayé.

La dame, surexcitée, ne voulut rien entendre et cassa un carreau d'un coup de canne. Le directeur, épouvanté, se cacha sous une table. On alla chercher les pompiers et la police. On crut, dans le quartier, qu'il y avait un incendie ou une émeute; des rassemblements se formèrent; la circulation fut interrompue; le bruit courut qu'une anarchiste avait jeté une bombe et volé la caisse.

Le lendemain, c'était un Anglais qui venait demander des pilules purgatives. Impossible de lui faire comprendre son erreur. Il répétait avec obstination:

—« Aoh! Yes; ce être ici pharmacie de la Croix Blanche; ce être écrit sur façade. Moi très constipé. Moi donner à vous une livre sterling valant 83 francs. Donnez à moi pilules et monnaie. Moi gagner beaucoup au change. »

Il ne se retira qu'après une heure de violente discussion en déclarant qu'il allait se plaindre à son ambassadeur et que, puisqu'on lui refusait les remèdes dont il avait besoin, l'entente cordiale serait rompue.

Tous les jours, des gens, trompés par les affiches, panneaux et réclames apposés sur la façade du bureau central des postes, entrent pour demander un bock, une paire d'espadrilles, un camion de déménagement ou une assurance contre la maladie des bestiaux,

M. le maire, saisi de nombreuses protestations au sujet de cet état de choses, a porté la question devant le Conseil municipal, å sa dernière séance.
Ces réclames, a-t-il dit, sont tellement nombreuses et disparates qu'on prendrait la poste pour une agence de publicité ou un magasin quelconque. Tout juste si on peut apercevoir les ouvertures de la boîte aux lettres. Quant à l'inscription: Bureau des postes et télégraphes, elle disparaît, encadrée par des tableaux aux peintures éclatantes annonçant des réclames. C'est inesthétique, gênant et incompatible avec les aménagements et améliorations qui sont apportés chaque jour pour donner satisfaction aux nombreux étrangers qui visitent notre ville ou y résident. J'estime donc d'intérêt général la suppression de toute publicité à l'extérieur du bureau central des postes et je propose au Conseil municipal de se joindre aux protestataires pour obtenir l'enlèvement de toutes ces affiches. »

Le Conseil, à l'unanimité, a donné pleins pouvoirs à M. le maire pour faire des démarches auprès de l’administration des P.T.T. et pour lui déclarer la guerre s'il n'obtenait pas satisfaction.

Et voici que notre municipalité, animée de l'esprit de conquête, veut annexer Pyla-sur-mer et le Lapin blanc. Elle va se heurter à la résistance des Testerins ayant M. Dignac pour général en chef. Celui-ci défendra ses deux provinces avec obstination. Quelle lutte terrible ! Voyons la venir sans crainte puisque nous possédons une armée de héros à la tête desquels marchera le capitaine Bon, poilu sans peur et sans reproches, comme le chevalier Bayard. Nous pouvons compter sur la victoire. Ce n'en sera pas moins une seconde guerre, plus acharnée que la première.

Mais ce n'est pas encore tout : nous allons avoir à combattre contre M. Despujols qui persiste à camper, avec d'ignobles barraquements, sur la rive gauche de notre bassin. Il s'agit de le déloger. Or, ce constructeur a pour lui tous les parlementaires auxquels il a donné ou promis des bateaux. C'est une troisième guerre que nous avons sur les bras.

Le moment est donc venu de fourbir nos épées et de tenir notre poudre sèche. Pas de défaillances ! Nous irons jusqu'au bout, sur les trois fronts. Suivons le panache blanc de notre maire ; il nous conduira dans le chemin de l'honneur
et de la victoire.

Albert CHICHÉ. Ancien député de Bordeaux


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