| L'Abeille de Fontainebleau 21 septembre 1924 |
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Une grande amie de la France MISS SARA HALLOWELL Le 18 juillet dernier s'éteignait à Moret-sur-Loing, où elle habitait depuis de nombreuses années, une femme de bien doublée d'une femme d'esprit, qui, Américaine de naissance, mais Française de cœur et de pensée, et très éprise d'art, et de littérature, avait acquis longtemps avant la guerre la réputation d'une apôtre fervente du rapprochement le plus intime des États-Unis et de la France. Miss Sara Tyson Morris-Hallowell naquit à Philadelphie, le 7 décembre 1846. Elle descendait de l'un de ces vieilles familles anglaises qui, transplantées en Amérique au seizième siècle, y firent souche. La ville de Hallowell, de l'Etat de Maine, tient son nom de la famille Morriss-Hallowell, attestant ainsi, avec tout l'éclat d'un titre de noblesse, son ancienne empreinte dans le pays. Ce fut à Philadelphie que Miss Sara fit lés études qui lui permirent, plus tard, après les revers de fortune subis par ses parents, de remplir les fonctions de secretaire de l'Exposition annuelle de Chicago. Elle y déploya une activité si expérimentée et si habile, un goût si sûr, qu'on lut confia bientôt l'organisation même de cette exposition. En 1893, lors de la grande exposition universelle qui commémora dans cette ville le quatrième centenaire de la découverte du Nouveau-Monde, elle fut chargée d'y réunir les chefs-d'œuvre artistiques possédés par les grands collectionneurs americains. La plupart des œuvres exposées provenait des maîtres français. C'est ce qui explique comment la France eut toujours la prédilection de Miss Sara et pourquoi, au cours de ses nombreux voyages en Europe, en qualité de déléguée de l'Institut des Beaux-Arts de Chicago, elle s'y sentit toujours comme dans une seconde patrie. La renommée des jolis sites de la vallée du Loing, si chers aux paysagistes, et peut-être aussi la notoriété, alors naissante, du peintre Sisley, dont elle envoya plusieurs toiles aux Etats-Unis, lui fournirent l'occasion de venir à Moret, où demeurait le célèbre impressionniste. Séduite par le cadre enchanteur de l'antique cité, elle s'y fixa définitivement, il y a plusieurs années, avec sa mère et sa nièce, Miss Harriet Hallowell, une miniaturiste de talent. Quand la guerre éclata, en 1914, elle fut une des premières, avec Miss Harriet, à y manifester les sentiments d'amitié fraternelle qui, quelques mois plus tard, devaient unir dans la lutte et dans la victoire sa Patrie à la nôtre. Avec les fonds qu'elle recevait des Etats-Unis, où leur propagande s'affirmait ardente, tenace et efficace, Miss Sara et Miss Harriet, l'une en coopérant à l'entretien de l'hôpital 26, l'autre dans l'organisation de la cantine de la gare et de l'œuvre du « Foyer du Soldat», se dévouèrent, corps et âme, aux soins de nos blessés et à l'achèvement de, leur convalescence. Les civils eux-mêmes n'échappèrent pas à l'action secourable des deux bienfaitrices qui se multiplièrent encore pour porter aide aux familles réfugiées des pays envahis évacuées sur Moret. Le chiffre des sommes alors employées par Miss Sara et Miss Harriet pour le fonctionnement de leurs œuvres dépasse ce qu'on peut imaginer. Miss Sara Hallowell jouissait de la vénération de la société morétaine tout entière quand elle ressentit, il y a deux ans, les premières atteintes du mal qui devait l'enlever à l'affection de sa nièce et de ses nombreux amis. Son état de santé nécessita une opération chirurgicale des plus graves qu'elle supporta avec un courage stoïque. Ne pouvant presque plus se lever, elle continua d'édifier, avec la même sérénité d'âme, dans son lit, comme auparavant dans son fauteuil, par le charme simple et touchant de son intelligence et de sa bonté, ceux qui avaient le privilège de l'approcher. Son salon était comme une académie où sa bonne grâce et le tact de son esprit harmonisaient les goûts et 1es opinions de chacun. Elle jugeait les gens, ainsi qu'elle appréciait les œuvres, avec finesse, avec discernement, avec bienveillance. Jamais une parole de blâme, de reproche au même de sévérité ne tombait de ses lèvres souriantes. Miss Sara Hallowell était aussi aimée qu'estimée à Moret, où sa mémoire; pieusement gardée, éveillera toujours dans la pensée et dans le cœur de ceux qui l'ont connue les sentiments les plus émus de leur reconnaissance et de leurs regrets. Em. DEBORDE de MONTCORIN. |
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