| L'Oeuvre 26 juillet 1923 (art. page deux) |
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Une admirable bibliothèque Il y a dans mon village une bibliothèque scolaire. J'ai voulu savoir ce qu'elle contenait. J'y ai retrouvé exactement la cinquantaine d'ouvrages que j'avais feuilletés il y a trente-cinq ans. La poussière abondante me démontrait assez que personne ne troublait leur paix profonde. Ils ne manquaient point de valeur, mais de quelle utilité pouvaient-ils bien être aux petits paysans d'après-guerre ? Le Vengeur de Montcalm, Robert-Robert, Francine, Français et Allemands, de Dick de Lonlay ; Télémaque, le Voyage du jeune Anacharsis, César Cascabel, de J. Verne ; Lâchons l'Asie, prenons l'Afrique, de Reclus ; quelques antiques récits de voyages, seize volumes de la Bibliothèque Rose, voilà tout le bagage littéraire d'une école en 1923. Ayant fait connaître cette situation lamentable à qui de droit, je fus informé qu'une subvention de 50 france était allouée à la bibliothèque scolaire de mon village. L'instituteur fut ravi. Je crus qu'il allait pouvoir employer cette somme sans tarder. Hélas ! La subvention ne peut être mandatée que lorsque les volumes sont achetés ! L'instituteur dépensa donc la somme qu'il n'avait point reçue. Comme le montant de l'achat devait être exactement de 50 francs, il arriva au total voulu, non sans peine, en complétant la commande par celle de deux ouvrages insignifiants. Les livres reçus, il demanda le versement de la subvention en appuyant sa demande de la facture du libraire et d'un certificat de prise en charge des livres achetés. Six mois plus tard, le libraire envoya un relevé de fin d'année. Comme la subvention promise n'était pas encore arrivée, l'instituteur fit l’avance des fonds et solda la note du libraire. Deux mois plus tard, le 23 mai, exactement neuf mois après l'achat, il reçut un mandat de 50 fr, portant au crayon bleu la mention : « A percevoir avant le 25 mai. » Le percepteur réside à seize kilomètres. Le lendemain, l'instituteur, qui fort heureusement, avait une bicyclette, reçut de ses mains 49 fr, 75 (retenue de 0 fr. 25 pour le timbre de quittance) et supprima la classe du matin pour pouvoir faire cette course urgente. Dieu me garde de demander une novelle subvention pour la bibliothèque de mon village ! Demain, je veux qu'il y ait sur ses rayons des récits de voyages qui ne dateront pas de 1850, des albums illustrés, des livres amusants et des livres d'histoire, des traités de botanique et d'agriculture. Avec M. le maire et quelques personnes généreuses, nous nous arrangerons pour réunir des merveilles qui ne devront rien à la munificence officielle EF. L |
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