| Le Petit Parisien 22 juillet 1923 (art. page deux) |
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AUTOS SUR ROUTES Cela ne fait que commencer. Chaque jour, les journaux reçoivent des dizaines de dépêches annonçant les mêmes accidents : sur la route de X à Y, deux autos se sont rencontrées ; sur la route Z... un vieillard a été renversé au village de N... une voiture a franchi le parapet d'un pont... Naturellement, il n'est pas question des poules, canards, oies et autres bipèdes connus pour cet esprit de contradiction qui les pousse à quitter le talus où elles sont en paix pour aller se faire plumer par une auto, qui arrive en trombe. Devant tous ces accidents, on a évidemment l'envie de jeter les bras au ciel et de s’écrier que, s’il n'y avait pas d’autos elles n'écraseraient personne. Ce qui est juste (mais je suis bien sûr que les diligences devaient écraser presque autant de poules qu'une voiture de course). Il est bien vrai encore que tous les pères de famille qui s'en vont sillonner les routes en auto n'ont pas la dextérité des chauffeurs parisiens, et que tous les jeunes gens qui vont faire du sport sur les routes n'ont pas la prudence des pères de famille. Mais on ne peut pas supprimer les automobiles, n'est-ce pas ? Et on ne peut pas leur imposer tout le long de la France une vitesse de huit kilomètres à l'heure. Alors, il faut bien s'arranger et essayer de donner à tous — piétons, chauffeurs, propriétaires de poules et conducteurs de troupeaux — des habitudes qui rendront les accidents moins fréquents. Ne considérons pas que, sur les routes, les automobiles sont des intrus qui « doivent se déranger » pour un promeneur obstiné à faire le sourd. Ne considérons pas non plus les voies nationales comme des champs de course où nul n'a le droit de risquer le pied, sous peine de mort. Mais ordonnons à l'automobiliste de ne pas faire de folies, et conseillons à la vieille paysanne de suivre le bord du chemin, plutôt que de se planter au beau milieu. Faisons entrer dans la tête de tout un chacun que personne n’est chez lui sur une voie qui appartient au pays tout entier. Je crois que cette fausse idée : « Je suis chez mot sur la route » cause la moitié des accidents. Maintenant, qu'il y ait d'immenses réformes à faire, qu'il faille adapter tout notre réseau routier à la vie moderne, ça c'est une autre paire de manches… En attendant, n'oublions pas que si les accidents dépendent un peu des routes, ils dépendent aussi beaucoup des hommes. FERNAND DIVOIRE |
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