| L'Intransigeant 27 juillet 1923 (art. page une) |
![]() |
|
Incognito CHALIAPINE est à Paris Il repart demain pour revenir en mai. Chaliapine est à Paris depuis dix jours, mais le grand chanteur russe, désireux de garder le plus strict incognito, se refuse à tout entretien et éconduit automatiquement les visiteurs non munis de laissez-passer. Il ne s'agit pas, par conséquent, d'avoir l'adresse de Boris Godounov pour se flatter de le voir, ni même de l'entendre. J'eus toutefois cette occasion inespérée. Le chasseur de l'hôtel décrocha l’appareil. Mon cœur battait. Je saisis à mon tour l'appareil d'une main tremblante J'entends la voix de l'illustre chanteur. La membrane du microphone vibre sous l’action d'un organe puissant, des ondes généreuses chatouillent mon tympan, je n'écoute pas les mots gu'on prononce, je n’entends que la voix, la voix d'un cuivre éclatant, d'un bronze inaltérable. Laissez-moi vous voir, ne fût-ce que quelques minutes, La voix puissante de la basse russe s'est tue. L'appareil est insensible, il n'y a que moi qui vibre encore, ému de cette audition incomparable et gratuite. G. Le Fèvre |







































































