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La Presse 20 juillet 1923 (art. page une)


Des principes, c’est bien. De la pitié, c’est mieux.

Le zèle de la la Concierge a causé un terrible drame C'est une affaire navrante, et qui comporte. cependant des incidents d'un comique courtelinesque, que celle qui émeut aujourd'hui les paisibles habitants du quartier de la Porte-Dauphine.

Une concierge refuse à un locataire de pénétrer chez sa femme sous prétexte qu'ils ne sont pas mariés à l'église. Jusqu'ici, on ne peut que rire des prétentions d'une cerbère à s’immiscer dans la vie intime de ses locataires. Mais où l'affaire se corse, c'est lorsqu'on apprend que le malheureux mari, objet de cet ostracisme, est un homme malade, sujet à des crises violentes de paludisme et qui désespéré de ne pouvoir embrasser sa femme et son enfant, a disparu, en déclarant à un de ses camarades qu'il allait se tuer.

Le commissaire de police de la Porte-Dauphine à été averti de la disparition de ce pauvre homme, M. Eugène Lepage, 39 ans, ouvrier miroitier, qui, ne pouvant coucher chez sa femme, 17, avenue Bugeaud, avait loué une petite chambre dans un hôtel de la rue d’Avron.

Une intervention malencontreuse

Nous avons enquêté ce matin sur ce fait étrange. Nous avons appris que le disparu avait déjà abandonné sa femme il y a quatre ans. Il ne jouit pas de toutes ses facultés. Mais, en mars dernier, sa femme, indulgente, l'avait accueillie de nouveau dans la modeste chambre qu'elle occupait au sixième étage. C'est alors que la concierge intervint. Ayant appris que le couple n'était pas passé par l'église, elle entra dans une violente fureur et entendit défendre l'accès de « son » immeuble à l'ouvrier avant la régularisation du mariage devant l'autel. En vain, le mari et la femme tentèrent-ils de la fléchir, elle demeura inflexible.

Le couple avait donc décidé de se plier à la volonté de la concierge. Des démarches avaient été faites à l'église. La femme était allée consulter un prêtre, lequel, prenant pitié du pauvre ménage en désarroi, était intervenu auprès de la concierge pour que le mari et la femme soient autorisés à habiter de nouveau sous le même toit sans plus tarder. La concierge avait consenti, mais se ravisant, elle aurait exigé auparavant que ses locataires se confessent et communient, c'est, du moins, ce qu'affirment les voisins.

Mme Lepage porte plainte

La concierge, Mme Dezondre, nous a manifesté, ce matin, sa surprise de voir cette affaire ébruitée, et nous a fourni les explications suivantes :

— Je ne suis pour rien dans la disparition de M. Lepage. C'est un malade. Il avait déjà disparu bien des fois auparavant. Je suis convaincu qu'il reviendra. Je ne connais d'ailleurs, comme locataire, que sa femme, au nom de laquelle était le loyer. Tout était arrangé pour que le ménage se trouve réuni bientôt : le mari devait revenir chez sa femme le soir même de sa disparition. Nous l'avons aperçu dans la rue, ce jour-là ; sa femme était allée à sa rencontre. Tout le reste est racontars…

Mme Dezondre ne veut pas nous en dire davantage, et termine en exprimant le souhait d'être débarrassée de locataires qui lui « causent beaucoup d'ennuis après n'avoir reçu d'elle que du bien », Ajoutons que Mme Lepage a écrit au Procureur de la République pour demander l'assistance judiciaire dans la poursuite qu'elle intente.

la concierge