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Distribution des prix Il ne faut plus venir nous parler étroitesse d'esprit à propos de l'enseignement donné dans les écoles congréganistes. On nous communique le palmarès de l’école Notre-Dame, rue du Canal, à Angers. C'est une école maternelle. La cérémonie de la distribution des prix a été présidée par M. le chanoine Dupé. Je copie les noms de quelques lauréats : Marthe Bouju, prix de lecture, d'écriture et de tranquillité. Mauricette Balero, prix de vigilance et de tendresse pour les tout-petits. France Pégeaud, prix de bravoure dans les petites batailles de l’école. Valérie Champion, prix de prudence en cas de danger. Dans les autres écoles, tous les prix portés sur le palmarès sont, uniformément, des prix d'abrutissement : abrutissement sur la grammaire, l'histoire, la géographie, la physique et autres matières à beurrage mécanique. Les intelligences des gosses, leurs aptitudes, leurs personnalités sont disciplinées, c'est-à-dire neutralisées. IL s'agit, pour le maître, de former l'élève attentif, passif, idéal : l'élève idéal est un partait abruti, insensible, incolore et sans saveur. Or celte bonne Mlle Thounay apprécie et récompense, chez des élèves différents, des qualités contradictoires, que d'autres maîtres réprimeraient comme des défauts. Marie Vincent est très sage, très tranquille, un peu moule peut-être. C'est son tempérament qui est comme ça. Un prix à Marie Vincent, qui obéit à son penchant personnel. Par contre, Denise Martin est perpétuellement agitée. Elle a besoin de mouvement. Ce sera plus tard une petite femme active. Encourageons l'activité. Un prix à Denise Martin. France Pégeaud flanque des tatouilles à ses petites camarades dans la cour de Par contre, Valérie Champion s'enfuit à toutes jambes quand elle voit un gros chien. C’est encore très bien ; si Valérie Champion. continue, elle ne sera jamais mordue, ni brûlée, ni pincée. Encourageons Valérie Champion à continuer. Jeanne Bricault a un. joli sourire. Oh! ça, c'est très bien ; ça vaut toute la géographie et toute arithmétique du monde. En vérité, un gracieux sourire aide une jeune fille à se débrouiller dans la vie, beaucoup mieux que la science formulée an tableau noir et la sagesse enfermée dans les gros livres. Récompensons Jeanne Bricault d'avoir un joli sourire. Et enfin récompensons Florent Poissard, parce qu'il aime la pâtisserie plus que tout au monde. Les gourmands ont aussi une fameuse ressource en eux-mêmes pour les jours de pluie. C’est.joliment bon d'être gourmand, quand on a de quoi satisfaire sa gourmandise. Ainsi Mlle Thounay ne veut pas contrarier la nature chez les enfants; elle la laisse s'épanouir ; elle a au moins le mérite d'encourager la sincérité, alors que la pédagogie ordinaire impose l'hypocrisie. Il me semble bien que Montaigne, quelque part, a dit quelque chose de ce genre : «La plus grande chose au monde, c'est d'être à soi. » C'est une chose impossible ; mais il y a une autre chose possible : La plus belle chose au monde, c'est d'être soi. G. DE LA FOUCHARDIÈRE. |
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