Nouvelles des ports

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Rafiots et compagnies

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Nouvelles des escales

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Comoedia 20 juillet 1923 (art. page une)


ENTRE NOUS

La Nouvelle Cocagne

Chez les changeurs et banquiers allemands, on ne compte plus le mark-papier à la vignette, comme chez nous les billets de banque, on le pèse. Le mark-papier a été tant avili que rien ne coûte aussi bon marché que lui dans tout le Reich. Ainsi, une bougie de stéarine vaut à Berlin trois mille marks. Or, la bougie dure quatre heures. Si, au lieu de bougie l’Allemand s’éclairait de petites torches faites avec le papier-mark roulé, on a compté que, au bout des quatre heures, il n’aurait consommé que deux mille trois cent quarante-deux marks. Soit une économie de huit cents soixante-six marks pour une seule bougie.

Dans les autobus berlinois, c’est bien autre chose!… Le voyage le plus simple coûte deux marks. Or, le moindre ticket que l’employé remet au voyageur en échange du prix de la place, revient là-bas, à trois marks. Alors, la compagnie des autobus berlinois ne fait plus payer les voyageurs. Mais aussi elle n’a plus à leur remettre de tickets. Ce qui fait qu’elle gagne un mark par place occupée. Malheureusement, nous sommes, nous Français, mal accueillis par les Allemands. Mais il n’en va pas de même des Italien, les frontières du Reich leur sont largement ouvertes.

Les riches italiens préfèrent passer l'été ailleurs, mais les mendiants italiens ne sont pas si dégoûtés. Pendant les mois de mai et juin, le mendiant italien fait des économies sur les « bonne-main » qu'il reçoit. Quand il est seulement riche de cent lire, il se fait voiturer gratuitement jusqu’à la frontière, au moyen d’un permis d'indigent, il traverse la Suisse en mendiant encore, et se dépêche à gagner le Wurtemberg ou le Grand-Duché de Bade. Là, il échange ses lires. contre du mark-papier et, du coup, le voilà millionnaire. Pour la valeur d’une lire il se fait transporter. en wagon de luxe jusqu’à Berlin; pour une demi-lire, il a un appartement de quatre pièces au premier étage d’un palace d’Unter-den-linden; pour un quart de lire, il déjeune et dine au champagne (champagne de Chemnitz ou d’Eisenach) dans les meilleurs restaurant de la capitale; pour un huitième de lire, il a une voiture automobile à la journée; pour un seizième de lire, il va au théâtre dans une baignoire; pour un trente-deuxième de lire, il soupe avec une danseuse.

Malheureusement, au bout de trois mois de ce trans-là, à force de jeter les marks-papier par les fenêtres, même s'étant fait cambrioler, le riche lazzarone épuise ses cent lires et il lui faut rentrer pour reprendre, sous le porche de Saint-Marc ou à l’ombre du Palais Farnèse, son emploi de mendiant italien.

Jean Bastia

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