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Le buste de Pascal Je le croirais volontiers. C'est bien le masque osseux de Pascal, son long nez recourbé, ses yeux tournés vers l'abîme intérieur, les boucles de ses cheveux retombant sur le rabat de Port-Royal. Le buste est en bronze, noirci par le temps. Il surplombe une fontaine ancienne, que flanquent deux colonnes à chapiteaux corinthiens. Devant Pascal est une vasque de pierre dans laquelle pleure un gros robinet de cuivre. Un mince platane aux feuilles chétives verse un peu d'ombre dans la vaste cour ensoleillée. On voit aussi, près du buste du grand homme, un bocal où des cassis trempent dans de l'eau-de-vie. Mais c'est par hasard qu'il est là, et non en témoignage d'admiration, Où ? me demanderez-vous. Lors de la célébration du tricentenaire, on s'étonna à bon droit que Blaise Pascal n'eût point reçu d'hommage lapidaire qui lui fût personnel, si l'on excepte la statue de Cavelier qui se trouve sous la clef de voûte de la Tour Saint-Jacques. Je ne parle que pour mémoire des bustes, parmi tant d’autres, de la Sorbonne, du lycée Janson-de-Sailly et d'une des statues qui veillent au fronton du Louvre... Mais, dans cette énumération, faite maintes fois, personne n'a compris la fontaine modeste que j'ai découverte hier, moins majestueuse à coup sûr que la fontaine Molière, mais certes plus touchante, dans le décor silencieux d'une cour herbeuse, au cœur même de Paris. Où ? Au numéro 11 de la rue Saint-Florentin, tout simplement. J'ai interrogé le concierge sur la provenance de ce buste anonyme, Il ne sait rien, le concierge, mais il me le déclare avec politesse et m’affirme en outre que le propriétaire de la maison n'est pas mieux informé que lui. — Tout ce dont je suis sûr, me dit-il, c'est que ça ne date pas d'hier. C’est plus vieux que l'immeuble Est-ce Pascal ? Si oui, quelles mains pieuses l’ont mis là ? PIERRE VARENNE. |
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