| L'Ouest-Éclair 20 juillet 1923 (art. page deux) |
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LES ANGLAIS SE FONT AUJOURD'HUI LES AVOCATS DE L'ALLEMAGNE Ont-ils oublié qu’il y a cinq ans les Allemands projetaient) d'occuper Liverpool et de se faire livrer la flotte britannique ? PARIS, 19 juillet. — En attendant que nous arrive la note anglaise, dont nous ne connaissons encore rien, faisons un peu d'histoire rétrospective. Les Anglais se font aujourd’hui les défenseurs des Allemands. Ils affectent de ne pas comprendre pourquoi, nous Français, nous prenons des gages aux dépens d'une Allemagne qui ne veut pas payer les dégâts qu'elle a commis. C'est bien simple, pourtant. Si des garantie, sont indispensables à la France... et à ses alliés d'hier, pour le présent et pour l'avenir, c'est que nous savons de quels crimes l'Allemagne est capable durant la guerre et quelles eussent été ses conditions de paix si la victoire était restée entre ses mains. Se rappelle-t-on, par exemple, le programme de la Ligue pangermaniste ? Ce programme fut longtemps celui de tout le peuple allemand. Il reste — ne nous faisons pas d'illusions — le rêve allemand, le rêve dont on ajourne, simplement la réalisation à des temps meilleurs. Le voici dans toute sa beauté : les annexions des provinces russes de la Baltique. Annexion de la Belgique et du Congo belge, Annexion des territoires français de Belfort, d’Épinal, de Toul, de Verdun, Saint-Quentin, Amiens, Dieppe, Boulogne et Calais. Cession par l'Angleterre de tous les ports qu peuvent être utilisés comme bases navales. Prise de possession de toute 1a flotte anglaise qui devra se rendre à l'Allemagne et être amenée à Kiel. Occupation par l'Allemagne de Portsmouth, Liverpool, Glasgow et autres villes, jusqu'à paiement d'une large indemnité de guerre. » Voici un autre programme, celui des grandes associations industrielles et agricoles : « Annexion de Briey, de Longwy et des territoires charbonniers des départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Belgique. Prise de possession de la grande et moyenne : propriété agricole et industrielle de ces régions, familles françaises remplacées par la population allemande. Annexion de tout l'empire colonial français ; annexion de toute la région côtière de la Manche jusqu'à la Somme et les pays traversés par les canaux aboutissant à cette côte. Annexion de Verdun et de Belfort, forte indemnité de guerre pour enlever à la France toute possibilité de se reconstituer. » Et les « intellectuels » n'étaient pas moins avides. Qu'on en juge par les revendications de la « Ligue des intellectuels allemands » : « Faire table rase du danger français. Affaiblir la France politiquement et économiquement. Annexion du Nord et du Nord-Est de la France, de Belfort à la mer. Propriétés et entreprises enlevées aux Français dans ces régions et remises à des mains allemandes. Forte indemnité de guerre. Ayant été conquise, la Belgique doit rester politiquement, militairement et économiquement aux mains de l'Allemagne, les entreprises et les propriétés passant à des Allemands. » Nos amis anglais ont oublié cette littérature. Pas nous, car nous savons qu'elle resta gravée, en cette année 1923, au cœur de tous les anciens sujets de Guillaume, camouflés en républicains. |
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