Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


L'Intransigeant 25 juillet 1923 (art. page deux)


Les marins Américains à Paris

Nous les avons revus, les marins américains, avec leur petit béret blanc posé sur l'oreille, le col de leur blouse largement échancré. Les voici de nouveau déambulant sur les boulevards, l'air flegmatique, et les mains dans les poches de leurs larges pantalons. De la pochette de leur blouse s'échappe le cordon de l’inséparable paquet de « Navy-Cut ». Hier, devant le tombeau de Napoléon, plusieurs groupes de ces marins « associés » défilaient silencieusement. Pendant quelques instants, ils regardaient le sépulcre impérial, puis, toujours en silence, ils quittaient la coupole. Ils furent bientôt plus de vingt.

M’approchant de l’un d'eux, je l'interrogeai :

— Y a-t-il longtemps que vous êtes à Paris ?

— Non, répondit-il, depuis quelques jours seulement.

— Et comment trouvez-vous Paris ?

— Oh ! Paris très intéressant, very beautiful.

— Avez-vous déjà visité quelques monuments ?

— Parfaitement, La Tour Eiffel, l'Arc de Triomphe, les Grands Boulevards,

— Et quel est celui qui vous a le plus intéressé ?

— Oh ! Ceci, Les Invalides. Magnifique, très intéressant.

:— Pourquoi ?

— Pourquoi ? Mais à cause du tombeau de Napoléon. Pour les Américains, Napoléon est l'égal d'un dieu.

— Et puis, qu'avez-vous encore visité ?

— Et Montmartre, parfaitement, Montmartre ; très amusant. Dans 1a rue comment, ah oui ! la rue Pigalle, j'ai trouvé un bar là, champagne pétillant, très bon champagne. Plus loin un autre bar ; là encore, très bon champagne. Encore champagne place Pigalle et rue de Clichy.

— Êtes-vous allé au théâtre ici ?

— Oui, music-hall, mais pas autre part, Très interesting, bien amusé.

— Et vous quittez Paris bientôt ?

— Oui, quelques jours seulement, pour visites les champs de bataille, le Bois Belleau...

Le marin avait dit ces trois mots... le Bois Belleau, d'une voix grave, que soulignait un geste presque de garde à vous,

Shake-hand vigoureux. Le marin me quitte et, dans l'ombre de la crypte, je regardais s'éloigner la silhouette de ce gars du Texas, qui me rappelait les cow-boys du Far-West.

Les marins américains aiment la France, Paris et... le champagne pétillant. Mais ils n’ont pas oublié leurs morts du Bois Belleau.

GEORGE FRONVAL

marins Américains à Paris