| L'Oeuvre 26 juillet1923 (art. page deux) |
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L'esprit de guerre Le général Percin, qui est président de l’A. G. G. R. (Association Générale des Généraux Repentis), vient de publier un article pour nous indiquer la meilleure méthode stratégique et les procédés tactiques propres à combattre l'esprit de guerre. Il faut brûler les livres qui magnifient les massacres et exaltent les atrocités. Il faut débaptiser les rues portant les noms des grandes batailles et des grands généraux. Il ne faut donner aux enfants nulle cuirasse, mème légère ; car les soldats de plomb qui dorment dans leurs boites (à l'exemple d'un maréchal illustre) sont plus dangereux qu'on ne pense pour le repos des peuples. La leçon donnée par le général Percin a été perdue pour M. Millerand. M, Millerand a fait cadeau au bey de Tunis d'un sabre « dont la décoration en vermeil ciselé et galuchat bleu jade est une véritable merveille ». M. Millerand n’avait probablement aucune mauvaise intention en offrant à S. A. Mohamed El Habib ce sabre en vermeil et galuchat. Il lui donné ça comme il lui eut donné un service à café ou une pipe artistique. Peut-être ce sabre (mais c'est sans doute prêter à M. Millerand des pensées bien subtiles et bien profondes) était-il un sabre symbolique, comme le glaive que trouva Persée après sa victoire sur le monstre. Le glaive trouvé par Persée portait, gravée sur sa lame, et dans une langue oubliée depuis deux mille ans, celle inscription: « Prends-moi.. » Mais il portait aussi, de l'autre côté de la lame, et dans une langue qui ne sera parlée que dans dix mille ans, celle autre inscription : « Laisse-moi... » M. Léon Bérard connaît probablement cette légende, à moins qu'elle ne me vienne à l'esprit, non par réminiscence, mais par effet d'imagination. Le bey de Tunis à certainement compris son sabre comme une autre arme symbolique, semblable à celle que brandissait M. Joseph Prudhomme. Ce sabre, qui est le plus beau jour de la vie de S. A. Mohamed El Habib, lui a été donné par M. Millerand, pour défendre la France et au besoin pour la combattre. Il ne faut jamais mettre de sabre, ni allumettes entre les mains des enfants. Fort heureusement, un spectacle réconfortant pour notre général Percin nous a été donné dimanche, au Champ de Mars. Vingt-cinq mille gymnastes, culottés de blanc et ceinturés de bleu, sont venus manœuvrer au Champ de Mars, sous la direction d'ecclésiastiques amis de la paix, après avoir assisté à une messe solennelle à Notre-Dame. Les temps sont loin où ces jeunes espoirs, animés par le désir de l'improbable revanche, piaffaient derrière les clairons de M. Déroulède, véhément précurseur du mystérieux Barrès. Pour l'amour de la paix, les vingt-cinq mille gymnastes ont exécuté des exercices effectifs de propagande antimilitariste. Après avoir marché sur la tête, couru à quatre pattes, rampé sur le ventre et préludé à l'entrainement qui fait l’agile pompier et le parfait cambrioleur, nos gymnastes nous ont offert un tableau qui est une apothéose : « Le Triomphe du Poilu ». Une douzaine de jeunes athlètes, enlacés par les bras et front contre front, formaient un socle vivant. Sur le socle, deux autres jeunes gens, accroupis, tendaient leurs dos, où deux autres gymnastes se tenaient debout. Au sommet de la pyramide humaine, on pouvait voir le Militaire, en uniforme, exécutant le salut réglementaire. A quelques pas de là, un autre groupe, composé de la même façon, portait l’Alsace, brandissant un drapeau. La Lorraine, bien entendu, n'avait rien à envier à l'Alsace. Et la Victoire, juchée sur un troisième tas de culs-blancs, tendait au Militaire une palme de papier doré. Or, sous le Militaire, sous l'Alsace, sous la Lorraine, sous la Victoire, immobiles, soufflant, souffrant, piétinés et patients, très fiers parce qu'ils supportaient, à leur idée quelque chose de fort et de magnifique, se tenaient les pauvres bougres, dupes silencieuses, image vivante des poires éternelles. A leur première page, tous nos journaux de grande information ont publié la reproduction du « Triomphe du Poilu », figuré par la jeunesse de France. Mais ils ont omis d'en dédier le cliché au général Percin, président de l'Association Générale des Généraux Repentis. G. DE LA FOUCHARDIÈRE |
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