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CURIOSITÉS LOCALES

Par M. Henri STEIN

Les peintures à l’encaustique de la Galerie Henri II.

Les célèbres peintures exécutées à la fresque par Nicolo dell'Abbate, d'après les dessins du Primatice, dans la galerie dite de Henri II du Palais, ont été maintes fois restaurées ; une première fois par Toussaint Dubreuil, sous Henri IV (ce qui ne les empêcha pas d’être en très mauvais état quatre ans plus tard, comme nous l'apprend une lettre de Nicolas Poussin), et à plusieurs reprises encore an cours du XIX° siècle. Le travail confié en 1834 au peintre Alaux a été plus considérable, vu l'état de ruine dans lequel se trouvait la galerie à cette époque, et on peut dire sans exagération que la décoration de cette partie du château a été entièrement refaite ; on adopta pour ce travail la peinture à la cire où à l'encaustique, renouvelé des anciens par le procédé Vivet.

Peu d'années plus tard, on songea à employer ce même procédé à Paris, à l’église de la Madeleine. Avant de rien décider, on voulut se renseigner utilement sur les résultats acquis à Fontainebleau, et quatre peintres furent désignés par le ministre de l'intérieur pour donner un avis compétent et motivé sur la matière. Ces artistes rédigèrent le rapport que nous publions. Ils ne s'opposent pas en principe à l'emploi de la cire, qu'ils jugent bon, mais ils réservent leur opinion quant à la durée problématique du procédé, dont on ne pourra connaître les véritables effets qu'après une assez longue expérience.

On assure que les couleurs gardent ainsi une vigueur plus grande et une solidité plus durable que par l’application de l'or sur la peinture à l'huile. À Fontainebleau, où sans doute les enduits ne furent pas préparés d’une manière satisfaisante, il ne semble pas que les résultats aient été fort concluants, puisque déjà sous le second Empire il fallut restaurer à nouveau les peintures de la galerie Henri Il.

Quant à la décoration des voûtes et des parois de l'église de la Madeleine, elle fut entreprise par le système Vivet, suivant décision ministérielle du 17 mars 1887.

Rapport de la Commission nommée par M. le Ministre de l'Intérieur pour visiter les peintures et dorures exécutées à la ce au Palais de Fontainebleau.

Monsieur le Ministre,

Par lettre en date du 21 janvier dernier, vous nous avez donné avis, à chacun de nous soussignés, qu'avant de statuer sur le mode à adopter pour la peinture et la dorure des voutes et des parties intérieures de l’Église de la Madelelne, vous désiriez avoir un avis motivé sur les ouvrages analogues récemment exécutés à la cire au Palais de Fontainebleau, et vous nous avez invités à nous rendre sur les lieux pour examiner ces travaux. Nous allons avoir l'honneur de vous rendre compte de notre mission.

Selon votre désir, Monsieur le Ministre, nous nous sommes transportés à Fontainebleau où nous sommes arrivés dans la soirée du ........, et le lendemain matin, nous nous sommes rendus au château Royal. Entre autres ouvrages de peinture et dorure exécutés récemment À la cire dans ce magnifique Palais, nous nous sommes arrêtés principalement à ceux de la grande galerie dîte de Henri II, décorée sous François 1er par le célèbre Primatice, et dont la restauration, ordonnée par S. M. Louis Philippe, vient d'être terminée avec le plus grand succès par les artistes habiles qu'elle en avait chargés.

Cette magnifique galerie renferme des parties considérables de peintures et de dorures qui ont été exécutées selon le besoin de la restauration, tant à la cire que par les procédé ordinaires ; conséquemment, elle nous offrait sur d'assez vastes dimensions, des moyens de comparaison favorables à notre mission.

À l’égard des peintures, nous dirons qu’à la vue seule on n'aperçoit aucune différence sensible, quant à l'éclat, à la richesse des tons, à l'aspect, en un mot, entre les parties exécutées sur apprêts ordinaires, et celles exécutées sur apprêt à la cire ; quoique plusieurs artistes qui ont déjà travaillé sur des surfaces préparées à la cire, aient cru remarquer que ce procédé amène quelques facilités de plus pour la fusion des couleurs, et qu'il procure même à la peinture une apparente vétusté qui devient favorable dans les ouvrages de restauration, nous pensons que ces effets ne sont point assez prononcés ni assez ostensibles à la vue pour en conclure positivement l'existence réelle de ces propriétés ; pour nous et l'après l'inspection des peintures exécutées à Fontainebleau, la question des prépondérances entre les deux procédés reste indécise, ou autrement dit, les prétentions de réussite de chacun d'eux sont égales ; quant à la vision, nous croyons cependant devoir observer que la peinture à la cire présente moins que l’autre l'effet de reflet connu sous le nom de mirage.

Mais relativement à la durée des ouvrages, nous devons dire cependant que le procédé à la cire nous a paru avoir pour l'avenir une chance particulière de succès, qui résulte de sa composition même. Pour s'en rendre compte, on doit observer que les préparations d’enduits jusqu'à présent usitées n'agissent que sur l'épiderme, en quelque sorte, des surfaces sur lesquelles il faut peindre; elles s’interposent entre la peinture et la matière des murs qu’une couche préservatrice extrêmement mince, qui ne présente, en conséquence malgré les soins qu’on peut y avoir apportés, qu’une résistance limitée, soit contre l’humidité, soit contre toute autre influence que les murs éprouvent : tandis que, par le procédé à la cire, la dissolution de cire qui fait la base de cette pratique, pénétrant assez profondément dans l'épaisseur de l’endroit, donne à la substance une résistance plus forte et que l'on doit présumer plus durable, contre l’action du temps : cette considération est surtout importante pour les peintures variées de tons, à cause de la diversité des couleurs, et des différences de leurs mélanges que chaque maître opère à sa manière ; ce qui rend les peintures plus ou moins facilement susceptibles d’altération et fait désirer qu'une préparation solide les protège également : c’est pour ces raisons que, malgré l'augmentation de dépense qui résulte de l'application de la cire, on a donné la préférence à ce procédé pour les peintures monumentales, qui ont été exécutées à Fontainebleau ; c’est pour les mêmes motifs que MM. les peintres de la Madeleine vous ont demandé, Monsieur le Ministre, l'autorisation d'exécuter leur travail sur apprêt à la cire.

Votre Excellence a aussi pensé que pour des œuvres de haute importance, ces considérations de prudence et d’avenir devaient prévaloir, et vous avez accordé l’autorisation demandée. Cette décision ne peut qu'être favorablement accueillie par tous ceux qui apprécient le haut intérêt qui s'attache à la construction des monuments publics.

1. Lettre du 8 août 1642 : « Je n’ai pu faire réponse avant d’être revenu de Fontainebleau, ou était allé M. de Noyers, lequel m'avait ordonné de m'y rendre, pour voir si l'on pouvait restaurer les peintures du Primatice, presque détruites par les injures du temps, ou du moins trouver quelque moyen de conserver celles qui étaient restées les plus intactes ». (Correspondance de Nicolas Poussin, publiée. par Ch. Jouanny, Archives de l'art français, nouvelle. période, tome V, 1911, p. 173).

2. M. F. Engerand a publié une lettre du peintre Picault au directeur des bâtiments (1757) au sujet de l'enlèvement des fresques du Primatice (Inventaire des tableaux du Roy par Nicolas Bailly, Paris, 1899, in-8, p. 624).

3. Diderot, Histoire et secret de la peinture en cire (1755) ; Sœhnée, Recherches nouvelles sur les procédés de peinture des anciens (1822) ; Henry Cros et Ch. Henry, L'encaustique et les autres procédés de peinture chez les anciens (1884).

4. On sait que Vivet a décoré également le plafond du Salon des tapisseries, en 1835.

peinture à l'encaustique