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Le procès Monticelli-Van Dongen, dont Excelsior a rendu compte hier, soulève un petit problème psychologique un peu inattendu. Un cousin du peintre Monticelli vient d’intenter à MM. Van Dongen, Camille Mauclair, Henri Lapauze et Jean Desthieux un procès en diffamation, parce qu'ils s'étaient apitoyés sur la gêne que ce grand artiste avait connue-à la fin de sa vie. Le demandeur estime que cette prétendue pauvreté n'était qu’une légende, et qu'une légende de ce genre est préjudiciable à la mémoire de son parent. Voilà qui est nouveau. Jadis, « au temps où, l’on n’arrivait-pas », les peintres, et, en général, tous les artistes, s'enorgueillissaient volontiers de leur impécuniosité, La pauvreté fièrement acceptée semblait être la compagne obligée. du génie méconnu. Michel-Ange proclamait avec satisfaction — mais il se vantait — qu'il n'avait pas le sou. Et pour Baudry, tout peintre qui dépensait plus de vingt sous pour son dîner devait être rangé dans le vil troupeau des amateurs qui trahissent les muses dans un but bassement alimentaire. Cette hautaine conception des rapports de l'art et de l’argent, on le voit, n’est plus à la mode. Aujourd'hui, c'est diffamer un artiste que de le croire incapable d’avoir su remplir son bas de laine, Le tribunal appréciera cette psychologie nouvelle. En attendant, nous sera-t-il permis d’insinuer modestement qu'on exagère peut-être dans les deux camps opposés. Pauvreté n’est assurément pas vice, mais elle n’est pas forcément une vertu. Comme la jeunesse, ce n’est pas un mérite, une supériorité : c’est un état de fait dont il est très sot de rougir, mais dont il n’est peut-être pas beaucoup plus sage de tirer une excessive vanité, EMILE. |
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