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ON A DE NOUVELLES PREUVES de la culpabilité de Seznec
On a trouvé dans ses vêtements deux billets de 1000 francs maculés de taches suspectes. — Quant à la machine à écrire trouvée à son domicile, elle fut incontestablement achetée par lui au Havre
Morlaix, 18.— Chaque jour, une nouvelle découverte vient étayer la conviction de la justice sur la culpabilité de Seznec. Celle faite hier, est particulièrement importante, de nature peut-être à constituer la preuve matérielle tant recherchée du crime imputé au marchand de bois. C'est à la perspicacité du gardien-chef de la prison de Morlaix qu'en reviendra, en ce cas, tout le mérite. Ce fonctionnaire voulut procéder à certaines formalités prescrites par les règlements du service pénitentiaire. Amené au greffe de la prison, Seznec assista à l'inventaire des objets personnels et des sommes trouvées sur lui lors de son arrestation, et qui, l'ayant accompagné au dépôt, furent remis aux gendarmes chargés de le conduire à Morlaix. Cet inventaire accusait notamment la présence d’une somme de 475 francs saisie par la justice. Seznec avait, en outre, à sa disposition une somme de cinq ou six francs, qu'il pouvait employer à ses menues dépenses. Cependant très docile jusque-là, le marchand de bois éleva de véhémentes protestations quand le gardien-chef émit la prétention de visiter minutieusement ses vêtements. La mauvaise volonté du prisonnier à endosser l'uniforme bleu de la maison d'arrêt pendant que durerait la visite de ses vêtements, parut suspecte au gardien-chef, qui s'empara alors du veston de Seznec et, l'ayant examiné avec soin, fut surpris de rencontrer dans le bas de la manche droite, entre le drap et la doublure, une épaisseur anormale de papier. La couture défaite, la manche laissa échapper un paquet plat : deux billets de mille francs pliés en huit.
Une phrase dont il faudra déchiffrer à le sens
Il y avait aussi des fragments de papier blanc sur lesquels étaient écrits ces mots mystérieux : « Pour trouver ce qu’il faut faire, sortez dans le couloir et déchirez les deux enveloppes. L'écriture ne paraissait pas être celle de l'assassin présumé de M. Quémeneur. Immédiatement, le fonctionnaire apporta sa trouvaille à M. Campion, juge d'instruction, qui la fit mettre sous scellés. Que répondra Seznec sur le motif de cette dissimulation ? Il est probable que si les deux mille francs avaient une source avouable, il n'eût pas pris de pareilles précautions pour les soustraire aux investigations de la police. Le complet pain brûlé de Seznec suivra les billets. Il est, en effet, maculé à divers endroits. Il semble toutefois assez difficile d'admettre que Seznec s'il est coupable, ait choisi pour se présenter devant un policier le complet qui portait encore les traces de son crime. Les billets saisis n’appartenaient-iIs pas à M. Quémeneur ? M. Campion, juge d'instruction, attache à la découverte des billets une importance considérable. Il ne faut pas oublier, en effet, que M. Quémeneur, en quittant Landerneau, quand il partit pour Paris, avait en portefeuille, une somme de 10.000 francs en coupures de 1.000 francs, touchés la veille à Brest, à la Société bretonne de crédit; que cette somme n’a pas été retrouvée dans la valise du disparu et que, s'il y a eu crime, l'assassin a eu soin de dépouiller sa victime; que, d’autre part. Seznec, au Havre, le 13 juin, offrit à Mile Héranval un billet de 1000 francs pour payer la machine à écrire qu’il venait d'acheter et que, enfin, bien que nanti de ces deux billets de 1000 francs, il avait, lors de son arrestation, écrit du Dépôt à sa femme une lettre dont nous publiâmes quelques passages, et dans laquelle il demandait à Mme Seznec de lui faire parvenir un peu d'argent, de façon à pouvoir améliorer l'ordinaire de la prison. Aussi le juge d’instruction a-t-il chargé la brigade de Rennes de vérifier minutieusement, à la Société bretonne de crédit, si les numéros des coupures saisies ne correspondent pas aux numéros das billets remis le 22 mai à M. Quémeneur.
Les deux feuilles de papier timbré ont presque certainement été achetées par Seznec.
Dans la journée, M. Campion a entendu M. Rams, titulaire du débit de tabac numéro 195, situé route de Brest, à Morlaix, dans lequel furent achetées les deux feuilles de papier timbré qui servirent à dactylographier le sous-seing privé relatif à la vente de la propriété de M Quémeneur. Au juge d'instruction, M. Rams a confirmé qu'en effet, les deux feuilles avaient bien été achetées chez lui, mais qu’étant donné le nombre considérable de ces feuilles qui chaque jour sont vendues, il ne pouvait se rappeler à quelle date précise Seznec en fit l'achat. Il ne se souvient même pas les lui avoir vendues. On sait qu'une troisième feuille timbrée, provenant du même débit 195, avait été retrouvée, déchirée en plusieurs morceaux, au domicile de Seznec. Les débris en ont été représentés à M, Rams, qui les a reconnus, grâce au numéro 195 apposé sur l'un d'eux.
Une précision importante
Le Havre, 18.— Il est établi depuis hier et d'une manière péremptoire que la machine à écrire trouvée dans la maison de Seznec a bien été vendue le 13 juin au négociant de Morlaix, par M..Chenouard, marchand de machines à écrire au Havre. On se souvient que ce dernier n'avait pu préciser le numéro de la machine vendue ce jour-là à un client qu'il reconnaissait formellement dans la photographie de Seznec. C'est pour combler cette lacune que M. Vidal, commissaire à la Sûreté, générale, s'est rendu de nouveau au Havre hier matin. Il s'est aussitôt transporté dans les locaux: de la « Guaranty Trust », banque et maison de commerce, qui a vendu des machines à M. Chenouard, et au cours d'un examen minutieux des livres, M. Vidal a découvert l'attestation d'une vente faite à M. Chenouard d'une machine «Royal» «type numéro -10», et portant comme matricule -X-434-080. Or la machine découverte dans la chambre du chauffeur chez Seznec est de la même marque, et type et porte le même matricule. Ainsi se trouve couronnée par un franc et décisif succès la subtile activité de M. Vidal. En effet, il importait à l'accusation d'établir ce point et à défaut de la découverte du cadavre ou d'aveux de Seznec, détermine le plus nettement la culpabilité de celui-ci
Quels sont ces complices ?
Morlaix, 18. — Au-cours d'une conférence tenue ce matin au Palais de Justice, il a été décidé d'adresser des convocations à plusieurs personnes susceptibles de renseigner la justice. L'une de ces convocations viserait un personnage rentré à Paris, il y a deux jours, après un voyage en Angleterre, et dont l'intimité avec Seznec mérite quelques explications. Le parquet de Morlaix, suivant en cela la rumeur publique, ne serait pas loin d'admettre que, tandis que Seznec faisait route en auto avec sa future victime, d’autres conspirateurs auraient gagné la capitale en chemin de fer et pris leurs dispositions pour que réussit leur criminelle tentative. D'autre part, le bilan démontrerait que Seznec n'était pas dans une mauvaise situation financière ; l'actif de son bilan s'élèverait à 389.400 fr, et le passif à 112.838 fr. 50. Mais il fait observer que le bilan porte, en actif, pour 100.000 francs, la propriété de Plourivo, qui fait l'objet du contrat sous seing privé avec Quemeneur, contrat argué de faux, et 45.000 francs de passif sur, cette même propriété.
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