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TANDIS QU'IL FAIT CHAUD !
Nos régions verront-elles une nouvelle ère glaciaire? De l'influence de l'acide carbonique sur la température de l'atmosphère
Est-il agréable de parler du froid durant la canicule ? Le souvenir de ce qui vous manque est-il consolant ? Dante a jadis disputé là-dessus avec Musset, Dante répondait par la négative ; Musset, au contraire, affirmativement. Dans cette controverse de poètes, Musset a eu le dernier mot. Ce fut pour des raisons chronologiques. Pourtant il me semble qu'il voyait juste. Le souvenir du passé nous charme parce que, réfléchi sur le miroir du temps, il a pour reflet l'espérance et que nous comptons toujours retrouver ce que nous avons perdu. Je crois donc le moment venu d’évoquer ici ces périodes glaciaires qui autrefois ont sévi sur nos régions et qui pourraient bien ressusciter bientôt, ainsi que nous allons voir. L’ère actuelle de la Terre, époque quaternaire, a vu l'apparition de l'homme, médiocre comparse du drame géologique, et surtout la succession des périodes glaciaires et des périodes chaudes qui ont alterné à plusieurs reprises ici-bas, Cela est prouvé nettement par l'examen des moraines et des blocs erratiques, de ces rochers transportés par le front et les flancs des glaciers, et qu'on trouve-dans les divers terrains. Il en résulte avec certitude qu'il y a eu dans le passé au moins deux époques glaciaires très froides, séparées par une époque interglaciaire chaude. Durant celles-là, les glaciers s’étendaient jusqu'au centre de la France. Les Vosges et l'Auvergne en étaient couvertes. Dans les Alpes même, ils occupaient 150.000 kilomètres carrés, au lieu de: 4.000 aujourd'hui. Alors régnaient chez nous le mammouth et d'autres espèces pourvues de poils épais, et dont les fossiles attestent aussi le froid qui régnait alors. La fin de la dernière période glaciaire paraît remonter à dix mille ans tout au plus. Ne sommes-nous pas maintenant dans une nouvelle période interglaciaire momentanée et ne peut-on s'attendre à voir bientôt de nouveau un refroidissement de nos climats ? C’est bien probable, si l'on en croit les idées qui ont été récemment développées à cet égard par le Suédois Arrhenius. Chose curieuse, la cause de ces variations paraît être l'acide carbonique existant dans notre atmosphère et qui n'occupe pourtant que la trois millième partie à peine du volume de celle-ci. C'est que ce gaz a la propriété d'agir comme le verre d'une serre et que, laissant arriver au sol la lumière chaude du soleil, il arrête au contraire les rayons calorifiques obscurs que le sol émet vers l'espace lorsqu'il se refroidit. La conséquence est que si l'acide carbonique actuel de notre atmosphère disparaissait complètement, la température près du sol diminuerait — le calcul le montre — de 21 degrés en moyenne. Si la moitié seulement de cet acide carbonique disparaissait, la température moyenne diminuerait de 4 degrés. Si au contraire, le taux de ce gaz doublait, elle augmenterait.de 4 degrés. Or, la quantité d'acide carbonique contenue dans l'air dépend, d'une part, des plantes qui l'absorbent pour s'en nourrir, et aussi de certains minéraux comme la chaux qui s'y combinent. D'autre part, et au contraire, ces végétaux, lorsqu'ils se décomposent ou brûlent, restituent à l'air une partie de cet acide carbonique ; les volcans en rejettent aussi, et également toutes les industries qui consomment du charbon. Ces quantités ne sont pas négligeables et on peul calculer que les 1.200 millions de tonnes de charbon consommées annuellement par l'humanité, déversent dans l'atmosphère un cinq centième de sa teneur en acide carbonique. Mais, d'autre part, les plantes en absorbent dix fois plus, en restituent une partie, mais enfouissent le reste dans le sol. La question est donc de savoir si l’émission de ce gaz par les Volcans, par l'industrie humaine, par toutes les combustions et par la respiration de tous les êtres vivants dépasse son absorption et son enfouissement par les plantes, ou, au contraire, leur est inférieur. Dans le premier cas, notre climat est en train de s'échauffer, dans le second, au contraire, il se refroidit, et dans peu de milliers, dans peu de centaines d'années peut-être, la France sera de nouveau couverte de glaces, ce qui supprimera au mois de juillet, certaines des doléances sudorifiques dont on nous rebat les oreilles en ce moment. En tout cas, elle est bien curieuse, cette propriété d'un gaz, relativement rare dans l'atmosphère et dont les proportions peuvent suffire à modifier le climat. Par son intermédiaire, tout ce qui augmente la végétation tend à refroidir l'air, à brève échéance, tout ce qui augmente les combustions industrielles et animales tend à le réchauffer. Quand donc en hiver vous allumez votre poêle, n'oubliez pas que dans une certaine mesure vous contribuez à élever la température qu'il fera l'été suivant. Et quand vous plantez des rosiers, n'oubliez pas qu'ils rendront l'air un jeu plus froid l'hiver prochain.
Charles Nordmann
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