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LES HEURES NOUVELLES
Pour les travailleurs
On m'a souvent demandé de présenter et de défendre ici une réforme qui intéresse à la fois les patrons et les travailleurs. Aucune saison ne se prête mieux que celle-ci à en faire saisir l'utilité. Exposons-la donc en quelques mots : En France, les villes, comme Paris, Lyon, Marseille, les centres industriels concentrent peu à peu toutes les affaires sur leurs marchés où l'usinier, le commerçant, le représentant de commerce peuvent traiter sur la même place un grand nombre d'opérations. Résultat matériel de cette concentration : le cœur des villes se congestionne, le moindre appartement devient un local commercial, la plus modeste chambre est transformée en un bureau d’écritures. Ainsi, le centre d'activité d’une ville comme Paris s'élargit ; on y travaille, on n’y habite plus. Les bourgeois se transportent dans les quartiers périphériques ; quant aux travailleurs, de plus en plus, ils s'installent en banlieue. Dès lors, quelle que soit la multiplication des moyens de transport, les distances seront bientôt si grandes entre le bureau et le domicile que personne ne pourra s'offrir le luxe d'aller déjeuner chez soi. Et voilà où j'en arrive : pourquoi ne pas changer radicalement les habitudes du monde du travail? Au lieu d'arrêter nos usines et de fermer nos bureaux de midi à 14 heures, pourquoi ne pas pratiquer ce qu’on appelle la journée anglaise, telle que beaucoup de nos amis d'Angleterre et d'Amérique l'ont adoptée depuis longtemps ? Pourquoi ne pas remplacer le grand déjeuner, absence qui dure une heure et demie ou deux heures, par un lunch de trois quarts d'heure dont la compensation serait, après la journée finie, l'avance de sortie d’une heure entière pour tout le personnel ? Sans doute, on choque ici une vieille habitude française, celle du déjeuner long et copieux où on parle beaucoup, où on s'alourdit de tant de viandes et de vins qu’il est bien difficile ensuite de se remettre à un bon travail. Mais, qu'on envisage le bénéfice qui consiste à avancer d'une heure la libération du bureau, du magasin, de l’usine, pour le père de famille qui retrouve sa nichée, pour le jeune mari qui rejoint sa femme, pour le sportif qui a le temps de s’entraîner, de faire un tour à la piscine ou de se livrer à une partie de football. Enfin, et c’est le cas le plus fréquent, la mère de famille, même si elle travaille au dehors, a le moyen désormais de remettre sa maison en ordre, de préparer le souper du soir, pendant que le père peut cultiver à l'aise son jardinet. Voyons les choses comme elles sont : avec l'encombrement des villes tentaculaires, tous les citadins seront mis dans la nécessité absolue d’émigrer vers la périphérie. Nous avons défendu ici le repos hebdomadaire, la semaine anglaise, la loi de huit heures, l'heure d'été, tous perfectionnements qui contribuent à éclairer et à embellir la vie des travailleurs. Ce ne serait pas déparer la collection de ces réformes si utiles que d’arriver à faire comprendre au monde du travail l'excellence de cette initiative qui présente d'infinis avantages et fort peu d'inconvénients. Le débat est ouvert. Y fait-on des objections sérieuses ? Qu'en pense-t-on ?
LEON BAILBY
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