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L'Intransigeant 27 juillet 1923 (art. page une)


la panne délectricité 1

Un long scandale

Après quatorze jours d'arrêt, l'électricité a été enfin rendue aux arrondissements de Paris qu’un malencontreux coup de pioche en avait privé.
Mais si les responsables croient que l’affaire est pour eux classée, c’est qu'ils s’exagèrent la dose d'indifférence et d'oubli dont le public est heureusement doué. C'est maintenant, au contraire, qu'une enquête doit commencer sur les causes réelles de ce stupide accident, sur les fautes et les erreurs commises et sur le moyen de les éviter à l'avenir.

J'ai lu comme tout le monde les explications falotes qu'a fournies le Secteur sur l'accident. Je note en passant que ces éclaircissements ont été donnés à contre-cœur, après plusieurs jours d'insistance, et de la plus mauvaise grâce du monde.

Car c'est ainsi. Qu'il s'agisse du Gaz, de l’Électricité ou des Transports, quand une de ces Compagnies qui ne tiennent leur concession que de notre bonne volonté doit rendre des comptes, c’est avec la plus parfaite grossièreté qu'elle envoie promener les enquêteurs, renouvelant ainsi ces procédés de l'État-patron que nous avions voulu abolir.

Au reste, on ne fera croire à personne que c'est la pioche d'un terrassier qui a pu seule causer tout ce hourvari. Ou alors c'est que le cahier des charges imposé à la Compagnie a été rédigé si maladroitement qu'aucune précaution n'aurait été prise tendant à prévoir les pannes et à assurer l'indépendance absolue des quartiers de Paris entre eux.

Toute grande industrie qui recourt à l'électricité (lumière ou force) s'applique précisément à assurer la continuité de son travail en prenant des mesures indispensables. Et on nous fera croire que ces encas ne pouvaient pas être préparés par un grand service public qui alimente la capitale et de qui dépendent la sécurité, la richesse, la vie même de plusieurs quartiers. A-t-on calculé ce qui a été perdu d'argent pendant ces quatorze jours pour toutes les industries, tous les commerces intéressés ? Si des procès en indemnités étaient intentés à la Compagnie par ceux qui ont souffert de son sans-gêne et de son imprévoyance, elle serait écrasée par des condamnations qui la dépasseraient.

Mais le Conseil Municipal ne sort, pas plus reluisant de l'aventure, ni l'Administration de la Seine. M. Juillard peut encore invoquer qu'il est nouveau à là Préfecture et qu'il ne sait pas. Quant à nos édiles, pourquoi sont-ils élus sinon pour assurer le fonctionnement sans à-coups et sans surprises de ces services indispensables à la vie normale de Paris ? Or, il est visible qu'ils n'ont ni étudié ni critiqué le traité léonin qu'ils allaient consentir à la Compagnie. Et l'accident une fois produit les a trouvés aussi inertes que si ça se passait à Madrid ou à Strasbourg.

Madrid, Strasbourg, ils en reviennent précisément, ces Messieurs ! À nos frais, ici et là, ils se sont offert des « voyages d'études». Paris aussi les requiert, car c'est Paris qui les paye. Mais une visite aux Secteurs et à leurs techniciens, c'est beaucoup moins amusant.

LÉON BAILBY