| Excelsior 27 avril 1924 |
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EXCELSIOR Tous les journaux de la semaine ont reproduit l'information annonçant la mort du petit chien du grand pianiste Paderewski. Celui-ci a interrompu une tournée en Amérique pour revenir en hâte dans sa magnifique propriété, en Suisse, afin d'enterrer la petite bête qu'il adorait, c'est bien le cas de le dire. Parmi ceux qui ont lu ce petit fait divers, il en est peu qui aient souri de la tendresse de l'ancien président de la République polonaise pour cet animal. Ils sont nombreux ceux qui, avec Toussenel, l'auteur de l'Esprit des bêtes, pensent que « ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, c'est le chien ». Combien de Parisiens sont de cet avis! Jules Lemaître en a donné les motifs. « Il y a, a-t-il écrit, chez les chiens une ingénuité, une cordialité, une ardeur de tendresse, une façon de se dresser sur vous en vous donnant tout leur cœur à laquelle il est impossible de ne pas se rendre. On aime les chiens presque comme des hommes. » Quelques-uns les aiment davantage. Les Parisiens qui partagent les sentiments de Paderewski sont très nombreux; nous avons tous connu le marquis de Cher- ville, qui tenait au Temps la rubrique de la Vie à la campagne, et qui avait un beau fox pour lequel il avait composé cette épitaphe : Ci-git : le seul ami qui ne m'a jamais mordu. Léon Cladel, le célèbre styliste à qui nous devons ce chef-d'œuvre, "le Bouscassié", a raconté une partie de sa vie dans un volume devenu rare : "Kyrielle de chiens," qui est l'histoire des compagnons à quatre pattes dont il aimait à s'entourer. Pour légitimer, s'il est possible, cet attachement qui ressemblait un peu à celui de Paderewski, Léon Cladel rappelait que le tribunal révolutionnaire avait condamné et exécuté en même temps un invalide, de Saint-Prix, et son chien en 1793. Ceux que cette histoire intéresse trouveront des détails dans un travail fort curieux de M. de Saint-Prix, conseiller à la cour de Paris. (Mémoires sur les prisons, II, p. 485, 1823.) Sans remonter à cent ans pour prouver l'intelligence de ces excellentes bêtes, Mme Carita Borderieux la directrice de la Revue scientifique du psychisme -vous montrera quand vous le voudrez son chien Zou, qui sait lire et calculer et parle même un peu. Ne souriez pas; nous étions une vingtaine qui, il y a quelques jours, l'avons vu et entendu, et il ne tient qu'à vous de vous convaincre de visu et auditu. C'est un mâtiné de fox et de berger beauceron; donc, pas de race, pas de pedigree, mais une intelligence rare, Mme Borderieux le montre volontiers, et, les jours où il reçoit, il se prodigue en caresses, la queue en panache et se livrant avec le plus grand sérieux à ses étonnants exercices. JEAN-BERNARD. |
| retour-back 27avril 1924 |







































































