| Le Cri des terriens 13 avril 1924 |
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PENSÉES D'AUTRUI Dans "Mon Village se Meurt", de M. Gilles Normand, on peut lire ce qui suit: "Il y a cinquante ans, la France était encore un pays à majorité agricole, un pays dont la principale richesse était la terre et le travail de la terre, un pays qui se nourrissait lui-même et au-delà, un pays qui, par conséquent, pouvait panser rapidement ses plaies et réparer ses pertes, qui les avait en effet toujours réparées très vite après chacune de ses grandes calamités, guerres, invasions, révolutions, catastrophes financières." En 1881, les professions agricoles occupaient encore 48 pour cent de la population française. En 1923, elles n'en occupaient plus que 33 et demi pour cent. La France, en 1881, avait donc une large base paysanne. Aujourd'hui, les proportions sont renversées: 61 pour cent de la population française sont accaparés par l'industrie, le commerce, le fonctionnarisme, les professions libérales, les chemins de fer etc..., c'est-à-dire que le nombre des Français qui assurent la subsistance, le boire et le manger des autres a diminué tandis que le nombre de ceux dont le travail sert à gagner leur nourriture et non à la produire a augmenté. A tous les points de vue, c'est une situation entièrement nouvelle pour la France et très grave. Elle risque, en effet, de changer non seulement le caractère économique, mais le caractère moral, social et politique de notre pays. Aussi certaines régions voient de magnifiques terroirs laissés en friches, mis en bois... De diminution en diminution, à quel résultat arrive-t-on ? C'est que, dans nos campagnes dépeuplées, et surtout dans certaines régions qui ont perdu une grande partie de leurs effectifs ruraux, l'appareil administratif subsiste tout entier, toujours aussi coûteux. Dans le village de M. Gilles Normand, il y avait autrefois soixante-dix enfants à l'école. Il n'y en a plus que dix aujourd'hui. Cependant il y a toujours un instituteur et une institutrice, qui sont payés plus cher. Même cas pour la poste, la gare, etc... Nous avons, dans nos campagnes, un personnel qui, en général, sauf des régions privilégiées, ne répond plus à la densité de la population, qui charge nos finances de frais généraux, et qui en retarde la relèvement. Cependant, ces frais généraux, on ne peut même pas songer à les réduire, parce que, si nos populations rurales étaient en outre privées des quelques commodités qu'elles ont, c'est alors que la désertion s'aggraverait A quoi tient cette désertion elle-même, c'est ce qui voudrait toute une étude. Cependant, on ne peut pas éviter de constater avec M. Pierre Caziot que la journée de huit heures a exercé et exerce encore sur la France rurale l'effet d'une pompe aspirante. Or la France rurale était déjà terriblement anémiée par la guerre, car c'est elle qui a eu le plus de pertes. Le moins qu'on puisse dire du gouvernement qui a proposé et du Parlement qui a accepté les yeux fermés la journée de huit heures, c'est que ni l'un ni l'autre ne savaient ce qu'ils faisaient. |







































































