| Le Petit Parisien 17 février 1924 |
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Baptistin Travail, bandit meurt à l'île de Ré
Cet as de la cambriole dont la vie est un véritable roman d'aventures, se fit prendre et condamner avec la bande de la Villette
Mais il avait commis, à Berne, un vol... patriotique et il allait, en récompense être grâcié, dit-on On annonce la mort, à l'ile de Ré, où il attendait sa grâce ou son départ pour la Guyane, d'un malfaiteur fameux, Baptistin Travail, figure caractéristique de forban, audacieux autant qu'intelligent, dont la vie constitue un roman d'aventures des plus curieux.
Baptistin Travail, qui avait couru le monde, échoua après des péripéties nombreuses devant la cour d'assises de la Seine, comme affilié à la bande de la Villette, aux côtés de René Jean, Tissier et Sena, et fut condamné à dix ans de travaux forcés. Il n'est pas sans intérêt de retracer quelques-uns de ses exploits. Baptistin Travail fut le créateur de la « bande des croquemorts », association de malfaiteurs qui exerçait sa coupable industrie dans les appartements que la mort venait de visiter. L'un des membres de la bande, se faisait passer pour avocat généalogiste, et, en cette qualité, se mettait en rapport avec les greffiers de justice de paix, qui lui signalaient les appartements sur lesquels les scellés avaient été apposés. Le logis placé sous scellés était souvent surveillé de façon assez imparfaite et la bande, durant la nuit, le mettait au pillage Baptistin Travail était d'ailleurs un merveilleux « organisateur ». L'un des méfaits qui lui réussirent le mieux, fut un vol au préjudice de la Banque de France, sur le paquebot faisant le service de Marseille à Bastia. Notre grand établissement financier expédiait à sa succursale corse des « groups » de 200.000 francs de billets. Baptistin Travail surveilla un de ces envois; il prit le paquebot en même temps que les précieux colis, un vendredi. En cours de traversée, le voleur parvint à substituer un paquet de vieux papiers à un « group » de 200.000 francs, sans qu'on s'en aperçût. Tout était calculé et ordonné de main de maître par ce redoutable malandrin. II réussit, un jour, grâce à son esprit de méthode, à mettre en grand embarras les magistrats de Nice, où une instruction était ouverte au sujet d'un audacieux cambriolage consommé dans la principauté de Monaco. Un coffre-fort avait été fracturé et parmi les empreintes digitales relevées sur les meubles, on constata qu'il y avait celles de Baptistin Travail, bien connu par le service anthropométrique. Quelque temps après on l'arrêta. Mais Baptistin Travail protesta de son innocence, et déclara qu'à l'époque du vol il se trouvait en Egypte. En effet, il montrait à l'appui de ses dires un passeport, sur lequel on pouvait voir le visa des autorités françaises du Caire apposé sur la pièce l'avant-veille du vol, L'alibi était indiscutable; on dut relâcher l'inculpé. En réalité c'était bien Travail qui avait cambriolé le coffre-fort à Monaco, et c'est un sosie qui, muni d'un passeport à son nom, revêtu de sa photographie, était allé se promener sur les bords du Nil. Une autre fois Baptistin Travail, avec ses acolytes, accomplit un coup des plus hardis. Il avait projeté de dévaliser la malle des Indes. A cet effet, il s'était procuré une clef ouvrant l'un des wagons dans lesquels sont placées les valeurs. On sait que ce train ne s'arrête qu'aux principales gares. Un complice, entre Miramas et Marseille, fit fonctionner un disque d'arrêt ce qui obligea le train à stopper dix minutes à peine. Elles suffirent à Travail et à ses complices pour monter dans l'avant-dernier wagon qui fut ouvert avec la fausse clef. Les voleurs examinèrent rapidement le contenu et s'emparèrent de divers paquets destinés à la Banque d'Egypte. Un cambriolage... patriotique A ces exploits de bandit que perpétua Baptistin Travail s'ajoute un cambriolage qu'il commit sans idée de lucre, et la chose semble paradoxale par patriotisme. Il se trouvait pendant la guerre à Berne où il fréquentait un milieu d'individus interlopes parmi lesquels un certain nombre d'espions. Il apprit ainsi qu'un agent du service du contre-espionnage recherchait un document que l'on savait être entre les mains de l'ambassadeur d'Autriche. Baptistin Travail résolut d'aller fouiller dans le coffre de ce diplomate, et, une nuit, il s'introduisit par escalade dans l'ambassade, parvint jusque dans le bureau de l'ambassadeur dont il fractura le coffre-fort et s'empara du document convoité qu'il remit à un agent du service du contre-espionnage.
Celui-ci voulut lui remettre une importante somme d'argent; il essuya un refus Baptistin Travail formel. Le malfaiteur, qui était hors la loi, avait voulu rendre à son pays un service désintéressé !
Jamais Baptistin Travail ne se prévalut de ce geste, sauf lorsque après sa condamnation, se sentant malade et ne voulant pas prendre le chemin de Cayenne, il demanda sa grâce. Le criminel révéla alors le rôle qu'il avait joué à Berne. Les faits furent reconnus exacts et on dit que la grâce allait toucher le malfaiteur au moment où la mort est venue, le saisir. |







































































