| L'Écho de Paris 12 février 1924 |
![]() |
|
A MON AVIS
Dans l'assemblée générale tenue dimanche dernier par l'Union Libre des gens de maison, un vœu a été voté à l'unanimité, demandant « que le mot domestique » soit supprimé de tous les textes officiels et remplacé par les mots « employé de maison ».
Voilà qui prouve bien que les mots n'ont d'autre sens que celui qu'on leur prête; en quoi le titre de « domestique » est-il plus ou moins flatteur, plus ou moins humiliant que celui d'« employé »? Domestique? Mais c'est le titre, précisément, dont aimaient à se parer autrefois tous nos grands seigneurs; et le cardinal de Polignac, à qui le roi venait de promettre une pension de 6,000 livres, ne s'empressait-il pas de lui répondre que, « bien qu'il fût comblé de ses grâces, il ne pourrait se croire parfaitement heureux que lorsqu'il aurait l'honneur d'être son domestique »? Etymologiquement, il n'est pas d'expression plus noble, plus touchante, « domestique », n'est-ce pas tout ce qui se rattache à la maison, à la famille, comme il y a un bonheur et un honneur « domestiques », par exemple... Mais justement, nous en sommes arrivés à ce moment désolant où maîtres et serviteurs ne se considèrent plus comme faisant partie de la même maison, où les serviteurs se désintéressent de la famille de leurs maîtres. Qu'il y ait eu faute des uns ou des autres, faute des deux très probablement, ce qui apparaît certain, c'est que la crise des domestiques est d'abord une crise de confiance. Il y a trop d'intimité nécessaire entre gens qui vivent constamment ensemble sous le même toit, pour que les rapports des maîtres et des domestiques puissent et doivent être ceux d'employeurs et d'employés ordinaires. A chaque instant, je reçois des plaintes où me sont signalés des traits d'ingratitude de certains serviteurs, et leurs exigences croissantes; mais, croyez-vous que le nombre soit moindre et moins justifié des récriminations motivées par la dureté de cœur, la froide sévérité de certains maîtres? C'est là qu'est le mal, c'est quand le dévouement et l'affection font place au mépris et à la haine. La formule fameuse sur les « vertus qu'on exige dans un domestique » ne saurait-elle être aujourd'hui trop souvent retournée, et mentionner d'abord les vertus que les domestiques exigent de leurs maîtres? Les maîtres ont besoin des domestiques, mais les domestiques aussi ont besoin des maîtres: alors, qu'ils ne s'abordent pas la menace à la bouche, qu'ils cessent de se considérer comme des ennemis. Après cela, que le domestique se nomme employé de maison, ou domestique, ce ne sont pas les mots qu'il importe jamais de réformer, ce sont les mœurs. Franc-Nohain. |







































































