| Excelsior 29 février 1924 |
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BERLIN, 28 février. Le ministre des Affaires étrangères Stresemann prend la parole dès le début de la séance.
- En politique extérieure, dit-il, nous sommes actuellement sous l'impression des travaux des comités d'experts. Le chancelier avait promis aux comités la collaboration du gouvernement et le président du premier comité a confirmé, à son départ de Berlin, que cette collaboration avait été loyalement exécutée.
- Le Livre blanc, rendant compte des négociations avec les comités d'experts, paraîtra aussitôt que nous serons en possession du rapport de ces derniers.
Après avoir rendu hommage aux experts, M. Stresemann poursuit:
- Du résultat de leurs travaux dépend la question de savoir si une solution de la question des réparations peut être trouvée. La solution la plus rapide est des plus désirables dans l'intérêt de la situation économique de l'Allemagne. Les experts ont pu se convaincre de l'inanité des affirmations déclarant que l'Allemagne avait provoqué, chez elle, une banqueroute fictive...
Le ministre énumère les mesures intérieures prises dans l'intérêt de l'assainissement de la situation.
La situation économique
- Les experts ont pu se convaincre également de la gravité de notre situation économique. Nous ne savons pas les décisions qu'ils ont prises; mais, en ce qui concerne plusieurs questions importantes, nous pouvons nous en faire une idée d'après les comptes rendus de presse publiés à ce sujet. Il semble qu'on se soit convaincu de la nécessité d'un moratoire à accorder à l'Allemagne, de même que de la nécessité d'un emprunt international destiné à remplacer pendant la période du moratoire les paiements allemands, surtout à la France. On discute certaines questions d'un emprunt international pour lequel on cherche des crédits en Allemagne.
- On discute également les deux points suivants : entière disposition pour l'Allemagne de ses forces économiques et fiscales et rétablissement de son unité ferroviaire. Les critiques que l'on a formulées à ce sujet dans la presse française sont inexactes. les mesures prises dans le domaine des chemins de fer ont pour but de parvenir à une exploitation commerciale. - La création de la régie franco-belge a montré quelles conséquences catastrophiques au point de vue économique et financier entraînerait un morcellement du réseau allemand.
- Le gouvernement espère que les réseaux du Rhin et de la Ruhr seront bientôt unis de nouveau au reste des réseaux allemands. Si le gouvernement français était prêt à accepter pour les chemins de fer de la régie le règlement intervenu entre la Bavière et le Reich, le gouvernement allemand serait prêt à négocier à ce sujet. Sans doute, la presse étrangère se tromperait-elle sur notre accord intervenu entre la Bavière et le Reich. Le problème d'un emprunt international pose celui d'une collaboration internationale; le capital international demanderait à être représenté dans les conseils d'administration des institutions pour lesquelles il avancerait des capitaux. Tant que cette représentation n'aura pas la majorité ou bien ne portera pas atteinte au caractère allemand de l'administration, elle ne peut modifier un refus. Les besoins de crédits de l'industrie et de l'agriculture sont si importants que nous devons prévoir une diminution de notre production si on ne nous vient pas en aide.
Le rapprochement avec la France
- Nous sommes heureux de constater que, dans beaucoup de milieux français, l'état d'esprit, comparé à ce qu'il était auparavant, s'est amélioré. On semble s'y rendre mieux compte que la France, malgré les divergences politiques qui la séparent de l'Allemagne, a, avec elle, une indiscutable communauté d'intérêts économiques. Certaines personnalités ont émis l'idée d'une entente franco-allemande. Nous ne pouvons traiter une paix séparée avec la France, parce que nous avons des engagements envers tous les autres créanciers du liciter si les Alliés cherchant eux-mêmes à tenir compte des légitimes besoins financiers de la France lors du règlement de la question des réparations
- Il est possible que cette nouvelle tentative d'arriver à une solution échoue comme les autres. Il n'en demeure pas moins que le devoir du gouvernement d'empire et du ministre des Affaires étrangères est, de tout faire pour que cette tentative soit couronnée de succès.
La question de savoir si la France veut toucher des réparations ou n'aspire qu'à établir sa puissance politique et son hégémonie économique sera réglée à cette occasion.
Les bonnes intentions du D' Stresemann
Nous voulons espérer que la décision du gouvernement et du peuple français sera conforme à la première de ces hypothèses. Tout homme de sens sera disposé, en Allemagne, à s'entendre avec la France. Mais ce n'est pas servir la cause d'une telle entente que de dire, comme M. Poincaré l'a fait, à la Chambre française, que depuis quatre ans l'Allemagne n'a rien fait pour les réparations.
Il semble que, du côté français, on affecte à l'endroit de l'Allemagne une grande nervosité on fait passer, par exemple, la question de la sécurité avant toutes les autres, comme si l'Allemagne avait l'intention d'attaquer la France. Pourquoi n'a-t-on pas répondu à toutes nos initiatives concernant la conclusion d'un pacte rhénan et la création des garanties les plus larges en faveur de la France? La France est responsable de l'échec des tentatives de rapprochement.
On craint, en France, le mouvement nationaliste allemand. Le procès Hitler semble justifier les appréhensions de la France à ce sujet; mais on pourrait se souvenir aussi en France que si tous les politiciens qui ont essayé d'arriver à une entente avec la France ont échoué, la faute en revient à la politique française.
Le développement constitutionnel de l'Allemagne sera surtout assuré grâce à une politique extérieure qui laissera l'Allemagne vivre et ne condamnera pas tous ses efforts à un échec certain.
L'Allemagne et la Société des nations
Le ministre conclut en annonçant que le gouvernement ne repousse pas, en principe, le projet de l'entrée de l'Allemagne dans la Société des nations. Il estime pourtant que la question n'est pas d'actualité. Selon lui, les nations qui sont opposées, en principe. à l'entrée de l'Allemagne dans la Société des nations n'ont pas changé d'avis et l'Allemagne n'a reçu d'aucun côté une invitation officielle à poser sa candidature. En terminant, M. Stresemann remercie les œuvres de secours étrangères de ce qu'elles ont fait pour l'Allemagne.
M. Koeh (démocrate) reproche aux ordonnances de porter atteinte à de nom- breux Etats particuliers.
M. Leight (socialiste bavarois) ne juge pas parfaite l'ordonnance concernant la valorisation : Si le mark rente, dit-il, venait à baisser, les intéressés ne recouvriraient pas 15 0/0 de leur créance.
Un député hanovrien se plaint de l'administration prussienne et du despotisme déployé par Noske à Hanovre. Il revendique pour cette province ses anciens droits. La suite de la discussion est renvoyée à demain.
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